Une certaine idée de l’Homme

« Une obligation morale s’impose aux privilégiés : ne pas refuser le partage avec ceux qui n’ont rien. […] Le partage, dont il est ici question, ne se contente pas d’aumônes, mais appelle une juste  répartition des richesses sur la planète. »

Sœur Emmanuelle, Richesse de la pauvreté

Il y a quelques jours, le Président de la région Auvergne-Rhône-Alpes s’est déclaré opposé à l’accueil de 1784 migrants prévus par le plan de démantèlement de la jungle de Calais annoncé par le Gouvernement, expliquant que cette décision allait créer des « mini-calais » sur l’ensemble du territoire. Il a ensuite fait part de la disponibilité de la région pour aider les maires des communes potentiellement concernés à lutter contre l’installation de ces migrants. Mieux encore, il est même allé jusqu’à prétendre que Sœur Emmanuelle lui aurait conseillé de ne pas accueillir de migrants si elle avait été vivante.

1784 personnes, qui représentent 0,02% de la population totale de cette région. 1784 hommes, femmes et enfants, dont l’immense majorité, faut-il le rappeler, fuit un pays ravagé par la guerre et le terrorisme depuis plus de cinq ans.

En 2015, notre région a accueilli 1369 personnes, dont 200 à Varennes-sur-Allier. L’Auvergne est-elle depuis devenue une jungle ? Il y a, en politique comme dans la vie, des limites au cynisme, et elles ont été largement franchies.

L’Allemagne a accueilli dans le même temps sur son territoire plus de 800 000 réfugiés. Cela n’a certes pas été sans conséquences sociales et politiques. Mais c’est bien à ce genre de choix que l’on mesure la vitalité et la confiance qu’un pays peut avoir en lui-même et en son avenir.

La responsabilité du politique c’est de reconnaître qu’il n’existe pas de solution miracle à la guerre en Syrie. La responsabilité du politique, c’est de trouver des solutions concrètes plutôt que de jouer sur les peurs. Que propose Laurent Wauquiez en guise d’alternative ? Rien.

Quelques voix, comme celles de Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne, se sont élevées pour dénoncer ces prises de position et il faut les en remercier. Car c’est l’honneur de la Droite que de marquer son refus du chemin dans lequel Laurent Wauquiez voudrait entraîner les français. Car c’est l’honneur de la France que d’accueillir les femmes et les hommes qui fuient une guerre qui a fait plus de 350 000 morts.

Oui, il faut donc accueillir ces hommes et ces femmes dans la dignité. C’est un devoir moral qui s’impose à nous et que nous ne pouvons évacuer d’un revers de main. Cela doit être fait dans la concertation, le respect et le dialogue avec les populations, mais cela doit être fait.

Au nom de quoi ?

Au nom des « valeurs », chrétiennes ou pas, d’ouverture à l’autre, de tolérance, de solidarité qui animent encore nombre d’entre nous et qui méritent plus que jamais être défendues. Au nom du bel idéal de fraternité qui forme encore le ciment de notre République. Au nom d’une France que nous savons généreuse et que nous espérons encore courageuse.

Il s’agit d’un combat, qui depuis la Renaissance jusqu’à ce jour définit le projet collectif que nous portons dans ce pays. Ce combat, pour la dignité des hommes, pour leur liberté et pour leur émancipation, il nous revient plus que jamais de le mener.

Il est temps.

Romain Bernardon

Terrorisme : sommes-nous une partie du problème ?

Nice, le14 juillet 2016, des images terribles, un sentiment d’impuissance et de désespoir. La terreur s’installe dans notre pays avec tous les ingrédients des films d’horreur. On ne sait pas où elle frappera la prochaine fois, ni quand, ni comment, mais on est sûr qu’elle reviendra. On ne sait pas vraiment d’où elle vient. On ne sait pas comment l’affronter. La solennité de nos dirigeants, après chaque attentat, et la recherche pathétiques de mesures symboliques, comme la déchéance de nationalité, trahissent leur désarroi face à un danger dont le mécanisme leur échappe. Alors, pour se rassurer, on essaie de trouver un but à cet ennemi de l’ombre.  Il menace tour à tour, la liberté d’expression, la laïcité, la république, la jeunesse, la famille… Et pour se rassurer, encore et encore, on proclame « qu’on ne lâchera rien ! » Mais lâcher quoi ? A chaque attaque il y aura quelque chose de nouveau à ne pas lâcher.

Face à un péril sanitaire personne ne chercherait le but poursuivi par le microbe. On chercherait d’abord à stopper sa propagation. Puis on étudierait comment il se développe et quel est son carburant. C’est en le comprenant qu’on pourra le réduire et peut-être l’éliminer.

Le terrorisme est comparable à un péril sanitaire.

Pour arrêter sa propagation, on prend des mesures sécuritaires à l’intérieur des frontières et on collabore avec les pays voisins. On réussit à déjouer la plupart des attentats, mais pas tous. On cherche où sont nos failles de sécurité et on essaie de s’améliorer. On le fait avec plus ou moins d’efficacité, mais dans l’urgence, il n’y a pas trente six mille solutions.

Il en est tout autrement, lorsqu’il s’agit de travailler sur le long terme, pour éradiquer le mal. On ne cherche pas à comprendre sa genèse, ni son développement spectaculaire depuis 15 ans. On le combat par les armes, sans se poser plus de questions. Cette stratégie ne s’attaque pas à la racine du mal. Elle procède d’une vision egocentrique du monde que nous jugeons selon nos valeurs et à travers ce que nous pensons être notre intérêt. Un peu comme les sciences naturelles classaient le monde animal  en espèces utiles et nuisibles. L’écologie nous a appris que, pour être viable, un milieu naturel devait respecter des équilibres plus complexes que la simple satisfaction de l’intérêt immédiat de l’espèce humaine. Elle nous a surtout appris que l’homme était partie prenante de ce problème.

Dans sa relation avec l’Orient et le monde arabe, l’Occident, comme les sciences naturelles de notre enfance, décide de ce qui est utile et nuisible, sans trop se préoccuper de ce qu’en pensent les peuples concernés. Il crée alors des frustrations immenses, qu’exacerbent les moyens modernes d’information et de communication, et qui est le terreau principal du terrorisme. Ce faisant l’Occident devient lui-même une partie du problème.

En écoutant ce matin les discours martiaux de nos dirigeants, les drapeaux tricolores, la marseillaise, il m’a semblé revenir 60 ans en arrière. Comme tous les Pied-noir de mon âge, j’ai vécu mon enfance dans la peur de l’attentat. La mort était partout et nulle part. Elle pouvait vous surprendre au détour d’un chemin, dans une ferme ou dans un trolleybus. Tout comme aujourd’hui, la réponse était sécuritaire et les mots étaient les mêmes. Il fallait réduire par la force ceux qui attaquaient la nation et la république. Et surtout, il ne fallait « rien lâcher ».

J’ai quitté l’Algérie à quinze ans, plein d’amertume et d’incompréhension. J’ai passé le reste de ma vie à essayer de comprendre comment on avait pu se tromper à ce point. J’ai fini par comprendre que l’erreur n’était pas dans la politique qui avait été menée mais qu’elle était en nous. Parce que, sans le savoir, nous étions une partie du problème et nous n’en avions pas conscience.

Les Pied-noir ont eu le choix entre « la valise et le cercueil ». La France du XXIème siècle, l’Occident en général, n’aura pas cette chance. Elle n’aura que le cercueil. Ce qui rend le défi terroriste encore plus redoutable. Nous devons accepter une remise en cause de notre approche du monde. Nous sommes toujours très fortement marqués par notre passé colonial, qui fait partie de notre histoire. Ce passé a souvent été décrié, parfois avec raison, mais souvent de façon injuste. Nous n’avons pas à le rejeter, mais aujourd’hui nous devons nous inscrire dans une logique différente. Nous devons  chercher avec nos vassaux d’hier de nouveaux équilibres et redonner à ces peuples la dignité à laquelle ils aspirent, au lieu de prendre leurs terres pour les champs de bataille de nos luttes d’influence. C’est à cette seule condition que la frustration qui les mine cessera d’alimenter les vocations pour le djihad et le terrorisme. Ce chemin sera long, mais nous devons le prendre. Sinon, nous n’arrêterons pas cette folie meurtrière et notre détresse risque d’être immense.

Pierre ESCAICH (03)

L’été Bayrou ? Pourquoi l’homme du Béarn pourrait bien capter les attentions avant la fin de la primaire de droite

Entre l’écriture d’un ouvrage politique, les quelques prises de positions et l’avancée de la primaire des Républicains, le président du MODEM a conscience qu’il ne peut pas attendre le sort d’Alain Juppé avant de se préparer (ou non) à une quatrième course présidentielle. Une course qu’il pourrait peut-être finir par gagner.

Avec Bruno Jeudy Avec Jean Petaux

 

Atlantico : Engagé dans la rédaction d’un livre politique François Bayrou ne peut pas, selon un collaborateur du MODEM « rester sans rien faire ni envisager de se lancer dans la bataille au lendemain des résultats des primaires ». De quelle manière le candidat centriste se prépare-t-il à une nouvelle course présidentielle ?

Bruno Jeudy : Le paradoxe c’est que François Bayrou se prépare sans savoir s’il ira véritablement vers une quatrième candidature à l’Elysée. Il a, en effet, conditionné sa présence sur la scène des candidats à la défaite d’Alain Juppé lors de la primaire de la droite. En cela, François Bayrou est condamné à attendre les 20 et 27 novembre – deuxième tour de l’élection des primaires des LR – pour savoir si son candidat favori sera ou non élu.

Cela n’a rien d’un secret puisque le président du MODEM l’a annoncé et déclaré publiquement il y a déjà plus d’un an et demi, quand le maire de Bordeaux à faire part de sa décision d’être candidat à la primaire. Alain Juppé a son soutien et il se ralliera à lui s’il est désigné candidat à l’élection présidentielle de 2017. Dans cette situation, François Bayrou ne sera pas candidat une quatrième fois. Dans le cas contraire, qui correspond à l’hypothèse d’une défaite d’Alain Juppé, cela signifie de facto qu’il sera candidat… en cas de victoire de Nicolas Sarkozy ou d’un autre candidat.

L’une des différences fondamentales avec les trois candidatures précédentes relève notamment du fait que François Bayrou tarde à se lancer dans le combat présidentiel. En 2002, mais aussi en 2007 et en 2012, le candidat centriste s’était lancé très tôt dans la campagne pour récolter les signatures, collecter les fonds et mobiliser ses faibles troupes. Entre 2007, qui correspond à la meilleure présidentielle de François Bayrou, et 2016 le MODEM a considérablement maigri, tant en nombre, de militants, d’élus, qu’en moyen matériels. Aujourd’hui, le MODEM est devenu un tout petit parti ce qui se ressentira nécessairement sur la candidature de François Bayrou.

Comme à chaque veille d’élection présidentielle, François Bayrou commence par préparer un livre politique qui doit marquer son entrée en période de précampagne. Celui-ci sera publié chez Plon, son éditeur habituel, et devait initialement être rendu avant l’été mais a été repoussé. Le président du MODEM sent que la primaire sera beaucoup plus serrée que prévue : il n’est plus certain qu’Alain Juppé l’emporte et par conséquent il attend avant de publier son ouvrage. Après tout, celui-ci marquera ses intentions pour 2017 et lui permettra d’esquisser l’axe de son éventuelle candidature.

Par ailleurs, comme lors de ses candidatures précédentes, François Bayrou a accumulé un peu d’argent dans l’objectif de préparer et financer une campagne (laquelle ne pourra pas être onéreuse, du fait des moyens du MODEM). Cependant, dans la mesure où les sondages le gratifient de 8% à 12% des intentions de vote, selon les instituts, il n’aura pas de mal à débloquer d’éventuels prêts auprès de banques, contrairement à d’autres candidats. Dans toutes les situations, il dépasse les 5% et bénéficie donc du remboursement d’une partie de sa campagne.

François Bayrou répond aujourd’hui à une analyse assez intuitive et estime que la primaire va mécaniquement favoriser Nicolas Sarkozy. En effet, selon lui, c’est le noyau dur des Républicains qui va se mobiliser. Or, la frange la plus déterminée à droite correspond davantage aux électeurs de l’ancien président de la République qu’à ceux de l’ancien Premier ministre. Ceux d’Alain Juppé sont des non-partisans, des électeurs modérés, des non-encartés qui n’ont pas nécessairement bien saisi toute la mécanique de la primaire : certains sont persuadés qu’il faut être Républicain pour pouvoir voter… A cela s’ajoute le peu de publicité de la primaire qui impliquera probablement moins de votants que ne le prévoient les sondages. Cette mécanique ne sera pas favorable au maire de Bordeaux selon François Bayrou. Il ne fait pas le pari de la défaite d’Alain Juppé, mais celui de la victoire de Nicolas Sarkozy, qui serait plus à même de mobiliser son électorat. Selon François Bayrou, Alain Juppé aurait du se présenter directement à l’élection présidentielle.

 

Déchéance de nationalité, 49-3, dans un contexte de discrédit de plus en plus profond de la gauche, l’année 2017 peut-elle être le « moment » Bayrou, comme l’a notamment pronostiqué le socialiste Thierry Mandon ou comme Jean Luc Mélenchon en a fait le « pari » ? Si Nicolas Sarkozy sortait victorieux de la primaire de droite, François Bayou serait-il en mesure de rassembler ?

Jean Petaux : La période actuelle, politiquement marquée par l’éclatement et l’instabilité de la scène politique permet à tous les scenarii d’être écrits. On voit des acteurs eux-mêmes jouer les pronostiqueurs. Il est, évidemment, impossible de privilégier telle ou telle configuration même si l’on peut, quand même, estimer que certaines sont incompatibles avec d’autres. Si Alain Juppé par exemple emporte la primaire de la droite et du centre le 27 novembre au soir, une candidature de François Bayrou est pratiquement exclue. Si Nicolas Sarkozy l’emporte (de justesse et avec une forte suspicion de tricherie par exemple) sur un Alain Juppé « battu à l’irrégulière » en quelque sorte, alors celui-ci, arguant de ce scandale et du sort des urnes de la primaire manifestement « illégal » (du fait de malversations dans le déroulement du scrutin), pourrait « oser » se présenter contre Nicolas Sarkozy. Dans ce cas-là aussi on imagine mal un François Bayrou « sortant du bois… palois » et s’alignant sur la ligne de départ. Ce serait une mauvaise manière faite à Alain Juppé et la quasi-certitude pour

Nicolas Sarkozy de virer en tête de la droite (voire devant la gauche aussi) au soir du 1er tour de la présidentielle « officielle », dans la mesure où les candidatures Juppé et Bayrou s’auto-neutraliseraient, l’un et l’autre visant les mêmes électeurs.

Donc la seule véritable opportunité pour François Bayrou pour qu’il se présente une 4ème fois à l’élection présidentielle (à ce rythme Arlette Laguillier a du souci à se faire question « record » de candidatures) réside dans la victoire de Nicolas Sarkozy à la primaire, le 27 novembre au soir. François Bayrou pourra se lancer dans la bataille en évoquant le caractère très « droitier » et très « clivant » d’un Sarkozy dont le retour à l’Elysée sera considéré (par ses concurrents) et surtout présenté (par Bayrou lui-même) comme très improbable du fait de son double handicap: le « déjà vu » et le « rejet ». Autrement dit le slogan de François Bayrou sera simple : « Le seul rempart contre l’arrivée de Marine Le Pen à l’Elysée ou la réélection de François Hollande : c’est moi ! ».

La situation actuelle de Bayrou (le fait qu’il ne parle pas) est propice à un score élevé dans les différents sondages. C’est une loi simple en matière électorale :  » moins vous en dites, plus on vous en prête ». En d’autres termes, formulé avec plus de classe, c’est ce qui disait le Cardinal de Retz : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens ». Adage qu’affectionnait particulièrement, disait-on, François Mitterrand. Difficile à dire si François Bayrou sera en mesure de rassembler. Ce n’est d’ailleurs pas là l’essentiel pour lui. Ce qu’il devra faire, en tout état de cause, c’est se qualifier pour le second tour et alors, alors seulement, face (probablement) à Marine Le Pen il devra rassembler. Ce que l’on peut présumer c’est que son comportement politique, sa « tradition » centriste (mélange entre Delors, Rocard, Raffarin, mais aussi, pourquoi pas, Hollande) lui permettrait d’envisager sans trop de difficulté d’être le « candidat du rassemblement républicain » contre la candidate de l’extrême-droite. Bayrou aurait, incontestablement, le profil du candidat « TSMLP » (Tout sauf Marine Le Pen).

 

Plusieurs sondages ont révélé que les intentions de vote en faveur de François Bayrou étaient comprises entre 10 et 14%, soit un niveau plus élevé que les premiers sondages ayant précédé la présidentielle de 2007, à laquelle François Bayrou a atteint le score de 18,57%. Que devra-t-il faire et que faudra-t-il qu’il se passe d’ici mai 2017 pour qu’il parvienne au second tour ?

Jean Petaux : La question essentielle, pour ne pas dire l’unique question qui mérite d’être posée est la suivante : « à quel niveau se situera le seuil de qualification » pour le second tour au soir du dimanche 23 avril 2017 ? En 1995 il était à 20,84% des suffrages exprimés (Chirac). Ce qui a éliminé Edouard Balladur arrivé 3ème avec 18,58% des voix (soit 2,26% de moins que Chirac). En 2002 (le « fameux » 21 avril), le seuil de qualification pour le second tour était à 16,86% (Jean-Marie Le Pen) qui a devancé Lionel Jospin de 196.000 voix. Jacques Chirac, « vainqueur » du premier tour cette année-là, n’a pas dépassé les 20% des SE (19,88%). En 2007 la situation a été très différente puisque le seuil de qualification pour le second tour a singulièrement « remonté » avec Ségolène Royal dépassant les 25% des voix (25,87%). Bayrou, comme vous le rappelez, a fait un score très honorable (18,57%) qui lui aurait permis de se qualifier pour le second tour 5 ans plus tôt alors qu’il n’avait obtenu que 6,84% des voix à ces mêmes élections de 2002. En 2012, dernière élection présidentielle de référence, François Hollande et Nicolas Sarkozy ont fait pratiquement « jeu égal » au premier tour : 28,63% des SE pour le 1er et 27,18% pour le 2nd reléguant à eux deux loin derrière eux la 3ème, Marine Le Pen (17,9% des voix) quand François Bayrou (troisième candidature à la présidentielle) repassait sous la barre des 10% des voix (9,13%).

En réalité on mesure ici le caractère unique de chaque présidentielle selon que tel ou tel bloc est divisé ou non. En 2002 le score de Lionel Jospin était inférieur à la somme de ses quatre « rivaux » se référant à la « gauche de gouvernement » (Chevènement, Hue, Mamère et Taubira) et l’extrême-gauche, elle-même pourtant très divisée en trois candidatures, dépassa les 10%. Comme la droite et le centre étaient eux-mêmes très divisés (outre la candidature du président sortant Jacques Chirac, on ne comptait pas moins de 5 candidats appartenant au bloc « droite et centre », en incluant Jean Saint-Josse, CPNT, ancien élu UDF) Dans cette configuration le seuil de qualification est forcément très bas. En 2012 au contraire, pour peu que la droite soit unie derrière son champion et que le vote utile joue pleinement pour le candidat socialiste en situation de l’emporter, alors le seuil de qualification remonte mécaniquement, détachant pleinement les deux premiers candidats du premier tour de leurs poursuivants.

En 2017 l’éclatement du nombre des candidatures va provoquer un abaissement du seuil d’accès au second tour: c’est une bonne opportunité pour Bayrou s’il se présente. Tout comme cela en sera une aussi pour Jean-Luc Mélenchon. En fait 5 candidats potentiels aujourd’hui, sont en mesure d’être présents au second tour, si Nicolas Sarkozy emporte la primaire de la droite et du centre en novembre 2016. Citons-les par ordre alphabétique pour éviter toute forme de « pronostique » : Bayrou, Hollande, Le Pen, Mélenchon et Sarkozy.

 

Quels sont les principaux obstacles qui pourraient contrecarrer ce scénario?

Jean Petaux : On l’a dit : pour François Bayrou la situation la plus négative est que Juppé l’emporte sur ses concurrents de la droite et du centre le 27 novembre au soir. Mais il n’aura pas tout réglé si Juppé est battu par Sarkozy et si le maire de Pau trouve ainsi une fenêtre d’opportunité pour justifier sa candidature. Il lui faudra aussi « chasser » l’image qui lui colle à la peau depuis 2012 et depuis son choix du second tour contre Nicolas Sarkozy et pour François Hollande : celui de traitre à son camp qui a permis, par ce petit coup de pouce supplémentaire entre les deux tours, à Hollande de l’emporter sur le leader de la droite. Et il lui faudra enfin (ce n’est pas la moindre des tâches) se doter d’un programme et cela ne s’improvise pas, constituer une équipe de campagne.

S’il était élu président de la République, comment évaluer la capacité de François Bayou à former une majorité à l’Assemblée nationale ? Quelles seraient les alliances dont il aurait éventuellement besoin et dans quelle mesure sont-elles réalisables?

Jean Petaux : Cela fait beaucoup de « si »… On voit bien que si l’on répond à vos questions par une formule lapidaire : « Le charisme du président nouvellement élu balaiera tout sur son passage et rassemblera nombre de personnalités autour du panache blanc du biographe d’Henri IV, né dans sa bonne ville de Pau », il y a quelque chose qui « cloche » dans cette réponse.. Et ce n’est ni Henri IV ni la ville de Pau… C’est, bien évidemment, l’association du mot « charisme » au nom de François Bayrou. Mais peut-être faut-il se méfier des apparences et des représentations. Peut-il faut-il tout simplement s’en remettre au « fait présidentiel » qui donne au nouveau président une dimension proche des fameux « Rois thaumaturges » si magnifiquement analysés par le grand Marc Bloch. Ce « pouvoir » quasi-monarchique du président de la République élu au suffrage universel depuis 1965 on sait qu’il tend à fondre comme neige au soleil et que, passé l’été, « l’état de grâce » se transforme en « état de farce » avant de finir en « état de disgrâce ». Mais le mois qui suit la prise de fonction, rien n’interdirait au nouveau président Bayrou, bien que sans troupes et sans armes, de rallier sur un programme d’union nationale les « femmes et les hommes de bonne volonté » et surtout les opportunistes de toutes origines qui viendraient faire amende honorable aux pieds de l’ennemi juré de Nicolas Sarkozy… contre une investiture législative avec étiquette « majorité présidentielle » par exemple. On verra alors si tous les opposants actuels au maire de Pau seront toujours aussi ironiques ou méprisants à l’égard du patron du MODEM.

Une candidature de François Bayrou, capable d’effrayer aussi bien François Hollande que Nicolas Sarkozy, n’est-elle pas une certaine aubaine pour les médias ? Dans quelle mesure pourrait-elle faire le jeu du monde de la presse et dans quelle mesure ce dernier fait-il de lui un troisième homme ?

Bruno Jeudy : Les projections sur l’élection présidentielle de 2017 laissent finalement assez peu de place au suspens. Tout laisse à croire que le vainqueur de la primaire des Républicains sera le grand favori de cette élection; que le match Marine Le Pen – candidat des LR est d’ores et déjà écrit. Aujourd’hui, dans tous les scénarios testés par les sondeurs mais également en matière de performances électorales, Marine Le Pen atteint un niveau élevé, de l’ordre de 25%. Il lui assure la qualification au second tour. Dans ce même ordre d’idée, les sondages nous enseignent également que c’est le candidat LR qui est systématiquement deuxième ; à des niveaux plus ou moins élevés.

C’est en raison de cette absence de suspsens que les médias cherchent des candidats « trouble-fête » en la personne de François Bayrou (et dans une moindre mesure de Jean-Luc Mélenchon). François Bayrou est capable de mordre sur l’électorat de Nicolas Sarkozy, et plus encore sur l’électorat de François Hollande dans les prévisions électorales sont assez faibles. C’est pour cela que, effectivement, François Bayrou est un candidat médiatique. N’oublions pas qu’il s’agirait de sa quatrième candidature et qu’en 2007 il avait été un valeureux adversaire, allant même jusqu’à tutoyer la candidate socialiste en réunissant 17% des voix. De plus, certaines personnalités politiques comme Thierry Mandon – secrétaire d’Etat – envisagent même qu’il soit devant François Hollande (ce qui serait surprenant), voire devant Nicolas Sarkozy (il s’agirait d’un véritable coup de tonnerre.. !).

Son analyse est simple : François Bayrou pourrait, selon lui, capitaliser sur les déçus de François Hollande et sur les anti-sarkozyste de droite, qui ne sont pas prêts à voter pour l’ancien président.

Les médias ont besoin de ce genre de candidatures pour faire vivre l’élection de 2017, pour faire vivre une présidentielle dont le match apparaît écrit d’avance aujourd’hui. Il y a le besoin clair d’écrire une histoire, pour le premier tour au moins, qui fasse mentir les prévisions des sondeurs. Ils font de François Bayrou et de Jean-Luc Mélenchon deux acteurs de ce récit… Mais à mon sens, la surprise proviendra d’avantage d’Emmanuel Macron qui incarne beaucoup plus la nouveauté, le renouveau, la jeunesse. Il est davantage en mesure de bousculer le système que ne le pourraient François Bayrou ou Jean-Luc Mélenchon, tout deux comptant au moins une candidature à leur actif. François Bayrou n’a plus cette aura de nouveauté qu’il avait en 2007. Il est, de plus, radioactif pour une partie de la droite qui le juge responsable (à tort ou à raison) de la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012. Il ne serait pas en mesure, à mon sens, d’être un véritable handicap pour la droite. Pour la gauche, en revanche…

Propos recueillis par Vincent Nahan

Le piège énergétique

Depuis l’antiquité, l’homme a tiré son énergie des « éléments », la terre, l’eau, le vent et le feu, dont il faisait bon usage et qui se renouvelaient naturellement. Il s’agissait essentiellement de se nourrir et de se chauffer.

La révolution industrielle et la maitrise de l’électricité ont bouleversé la nature et l’ampleur des besoins énergétiques. On est allé puiser dans les profondeurs de la terre les combustibles fossiles qui dormaient depuis la nuit des temps. Cet or noir, qui ne se renouvelle pas et menace les équilibres climatiques, était un piège.

Au XXème siècle, on a cru détenir « la » solution avec la maitrise de l’énergie nucléaire, indolore pour le climat et économique à produire. Hélas, les dangers inhérents à son exploitation ont fini par la diaboliser.

A la fin du XXème siècle, 90 % des sources d’énergie consommée en France (¼ sous forme électrique) étaient des voies sans issues. Le piège s’était refermé.

On décida alors d’exorciser le mal en imaginant un scénario vertueux, qu’on grava dans le marbre par le vote d’une loi dite « de transition énergétique ».

 

Cette loi fixe pour 2030 des objectifs de réduction de notre consommation d’énergie d’origine fossile (-30%) et de la part du nucléaire dans la consommation d’électricité (75% à 50%).

Pour y parvenir, la loi prévoit une croissance impressionnante des énergies renouvelables (32% de l’énergie globale, 40% de l’électricité), ainsi qu’une baisse de 20% de la consommation globale d’énergie.

Ce programme ambitieux est globalement cohérent, mais la réalité se pliera-t-elle à la loi des hommes ?

Concernant l’énergie « électrique », on constate que la montée du renouvelable (15 à 40%) est intégralement absorbée par la baisse du nucléaire (75 à 50%), l’électricité d’origine fossile restant stable à 10%. Elle n’aura donc aucun impact sur les émissions de gaz à effet de serre.

Mais comment passer de 15% à 40% ? On sait que les 15% actuels proviennent essentiellement des barrages hydrauliques (11%) dont la production est saturée. Seuls 4% (éolien, photovoltaïque, déchets) peuvent se développer. Les calculs montrent que les objectifs de la loi impliquent de multiplier par 6 le parc éolien et photovoltaïque d’ici 2030.

Lorsqu’on connaît les difficultés qui accompagnent en France l’implantation d’éoliennes et quand on sait que cet effort n’aura aucun impact sur le réchauffement climatique, on peut douter de l’intérêt et de la crédibilité d’un tel programme.

Supposons qu’il se réalise malgré tout et qu’il fournisse 40% de l’électricité, soit environ 10% de l’énergie globale. Comment produira-t-on les 22% qui restent pour atteindre les 32% d’énergie renouvelable fixée par la loi ?

Les énergies renouvelables non productrices d’électricité, représentent aujourd’hui 8% de l’énergie et se composent essentiellement de la biomasse solide ou « bois-énergie » (5,6%), et des biocarburants (2,0%).

La filière bois-énergie est en baisse  depuis des décennies et on peut seulement espérer qu’elle se stabilise. Restent les biocarburants. Les calculs montrent qu’il faudrait que leur consommation soit multipliée par 5 pour atteindre les objectifs de la loi.

Or les biocarburants actuels (dits de 1ère génération), issus de cultures agricoles ont un faible rendement et provoquent de fortes réticences. Leur consommation ne progresse plus. Les biocarburants de 2ème (déchets végétaux) ou de 3ème génération (algues) sont extrêmement prometteurs, mais ils sont encore à l’état expérimental et il ne faut pas en attendre des miracles d’ici 2030.

Mais alors, où se trouvent les sources de croissance des énergies renouvelables prévue dans la loi ?

Force est de constater que la loi de transition énergétique aboutit à une équation impossible. Elle est fortement marquée par une volonté politique de réduire rapidement la part du nucléaire. Mais elle prétend dans le même temps baisser fortement les énergies fossiles. Elle aboutit logiquement à une augmentation à marche forcée des énergies renouvelables totalement déconnectée des réalités et du temps.

La réalité sera sans doute assez différente : le parc éolien et photovoltaïque augmentera, mais dans des proportions beaucoup plus modestes. Le parc nucléaire se réduira au rythme de sa vétusté, mais sa part dans la production électrique restera prépondérante encore longtemps. Les biocarburants de nouvelle génération, et d’autres sources probablement, passeront progressivement à un stade de production massive, mais pas avant plusieurs décennies. Et la consommation d’énergie se réduira, c’est sans doute le seul objectif réaliste de la loi.

Dans un tel scénario, la consommation d’énergie fossile baissera d’environ 25% en 2030. Ce sera sans doute suffisant pour que la France respecte son engagement de réduction des émissions de gaz à effet de serre, matière où elle est déjà dans les premiers de la classe.

Pierre ESCAICH (03)

MME MERKEL ET LA TURQUIE

A l’issue des printemps arabes, les Présidents Egyptiens et Tunisiens ont très vite laissé apparaître la direction qu’il souhaitait prendre. La Turquie emprunte le même chemin avec son Président Erdogan de même obédience : « Les Frères Musulmans ». Il n’est plus de semaine sans que de nouvelles mesures et comportements éloignent un peu plus la Turquie du modèle démocratique européen.

Les poursuites des journalistes et des supports de presse ne se comptent plus et même à l’égard de correspondants étrangers qui sont expulsés. Erdogan n’hésite pas à se plaindre auprès des gouvernements de propos désobligeants publiés dans leurs pays. Mme Merkel s’est crue obligée de le comprendre et la plupart des médias allemands lui ont rappelé la liberté de la presse. La miss Turquie 2006 a été condamnée à 14 mois de prison avec sursis pour avoir posté sur Instagram un poème satirique sur le président turc. En mai dernier, Recep Tayyip Erdogan a indiqué que le planning familial et la contraception ne convenaient pas aux familles musulmanes.

Depuis le début des conflits en Syrie et en Irak, de nombreux témoignages ont dénoncé l’attitude ambigüe de la Turquie. Les armes et le pétrole ont beaucoup circulé sur ses frontières. Pour se sortir de législatives difficiles, il s’est empressé de relancer le conflit avec les Kurdes, il menace à présent les députés kurdes.

A présent, il a fait des réfugiés sur son territoire, les otages de son marchandage à la Communauté Européenne. Débordés et impuissants, les dirigeants européens laissent Mme Merkel dialoguer avec le maître-chanteur. On ne compte plus les rencontres de ses 2 personnages qui conviennent d’accords et de promesses hors des contrôles démocratiques. Comment ne pas être choqué de proposer 6 Milliards à la puissante Turquie, sans que les citoyens aient la moindre information de l’aide de l’Europe aux 2 petits pays que sont Le Liban et la Jordanie, et qui au total accueillent autant de réfugiés. Entendu à la télévision, un réfugié syrien au Liban : « je ne veux pas aller en Allemagne, je veux rentrer chez moi … » ce propos est une interrogation sur nos attitudes. Il faut se demander sur quels critères, nous renvoyons des réfugiés vers la Turquie et que deviendront-ils: « des ennemis de l’occident ».

Au risque de ne pas être politiquement correct, l’adhésion de la Turquie à l’Europe a moins de sens que celle de la Russie, Moscou est en Europe et pas Ankara. Mme Merkel devrait se demander lequel de Poutine et d’Erdogan sera le plus dangereux. L’émergence d’entité kurde en Irak et peut-être en Syrie ne pourra qu’être insupportable au regard d’Erdogan qui pourrait souhaiter s’en débarrasser.

Le citoyen ne peut que se demander où est l’Europe, il ne voit qu’une nébuleuse dont Mme Merkel serait la dirigeante.

Jean Marie PEYRON ( 43 )

Insémination post mortem : le Conseil d’Etat donne raison à une veuve espagnole

Les gamètes congelés de son mari, mort en juillet 2015, seront envoyés en Espagne

Le refus par les autorités françaises d’exporter les gamètes congelés de Nicola Turri en Espagne, en vue de l’insémination post mortem de sa veuve, Mariana Gomez Turri, est« une atteinte manifestement excessive au droit au respect de la vie privée et familiale », protégé par l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme. Dans un arrêt, publié mardi 31 mai, le Conseil d’Etat, la plus haute juridiction administrative française, a tranché en faveur de la jeune femme espagnole, qui se bat depuis le décès de son mari, en juillet 2015, pour obtenir ce transfert. L’insémination post mortem est autorisée en Espagne, le pays d’origine et de résidence de Mme Gomez Turri. Cependant, le couple vivait en France quand Nicola Turri, lui de nationalité italienne, est tombé gravement malade d’un cancer. Avant sa chimiothérapie, qui risquait de le rendre stérile, il avait fait congeler ses gamètes. Ils sont conservés à l’hôpital Tenon à Paris. Or, la loi française proscrit l’insémination post mortem, ainsi que l’exportation de gamètes pour des usages non conformes à la loi française. Le Centre de conservation des oeufs et du sperme (Cecos) de l’hôpital Tenon – qui les avait gardés dans l’attente d’une décision de justice – a désormais huit jours pour les envoyer dans une clinique espagnole. Mme Gomez Turri doit faire pratiquer l’insémination au plus tard un an après la mort de son mari si elle veut voir le lien de filiation reconnu.

« Liberté fondamentale »« C’est une décision extraordinaire relative à un contexte très particulier, commente Me David Simhon, l’avocat de Mme Gomez Turri. Elle ne remet pas en question la loi française.»

 L’assemblée du contentieux du Conseil d’Etat, formation la plus haute de l’instance, a suivi l’argumentation de la rapporteure publique Aurélie Bretonneau. Les juges ont estimé que le projet commun du couple a été empêché par la dégradation brutale de l’état de santé de M. Turri. « Seuls les gamètes stockés en France (…) sont susceptibles de permettre à Mme Gomez, qui réside désormais en Espagne, de poursuivre le projet parental commun qu’elle avait formé, dans la durée et de manière réfléchie, avec son mari, détaille l’arrêt. Dans ces conditions, et en l’absence de toute intention frauduleuse de la requérante(…), le refus qui lui a été opposé(…) porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. » Mme Bretonneau avait également souligné que l’enfant potentiel, né d’un couple italo espagnol, n’aurait pas de lien avec la France. Le Conseil d’Etat précise que les dispositions du code de la santé publique qui proscrivent l’insémination post mortem « ne sont pas incompatibles avec les stipulations de la Convention européenne des droits de l’homme », car elles relèvent« de la marge d’appréciation dont chaque Etat dispose».

L’interdiction française est fondée sur plusieurs arguments.« Protection de l’intérêt de l’enfant qui serait délibérément privé de père, outre le poids psychologique et social qui pèserait sur lui d’être dans la position d’enfant né d’un deuil ; protection de l’intérêt de la mère qui déciderait d’entreprendre une grossesse seule, alors qu’elle se trouve dans un état de vulnérabilité psychologique », écrivait l’agence de biomédecine dans son mémoire envoyé au Conseil d’Etat.« Je dirai [à l’enfant] que son père le voulait, et qu’il y a eu un accident, expliquait de son côté au Monde Mariana Gomez Turri le 22 avril. C’était notre désir fondamental.» La décision du Conseil d’Etat, qui n’est pas susceptible d’appel, est un nouvel exemple du rôle décisif de la Convention européenne des droits de l’homme dans les affaires de bioéthique. L’arrêt comporte en outre une« avancée jurisprudentielle essentielle», selon Me Simhon. Selon leConseil d’Etat, le juge des référés (qui avait été saisi en première instance par Mme Gomez Turri) doit contrôler les décisions contestées non seulement au regard du droit français, mais aussi des conventions internationales, en particulier de la Convention européenne des droits de l’homme. 

gaëlle dupont

Juppé – Sarkozy 2017, l’équation impossible

Les élections présidentielles se succèdent depuis 50 ans et chacune d’elles voit émerger, dans les mois ou les années qui la précèdent, des « favoris » qui ne sont jamais élus et qui souvent n’atteignent même pas le second tour.

Comment déjouer ce piège dans lequel tombent les prévisionnistes à chaque élection ?

Aujourd’hui, les « pronostics » pour 2017 sont les suivants :

  1. La primaire à droite se jouera entre Juppé et Sarkozy.
  2. La gauche sera éliminée au 1er tour, et le candidat de la droite battra Marine le Pen au second tour. Le futur président sera donc Juppé (le favori) ou Sarkozy (l’outsider).

Nous savons par expérience que cette prévision a peu de chances de se réaliser.

Comment la réalité va-t-elle déjouer ce pronostic ? Je vous propose le scénario suivant :

Le retour raté de Sarkozycote

Il n’est pas besoin d’épiloguer sur le retour raté de Nicolas Sarkozy. Après le spectacle lamentable qu’avaient donné ses anciens lieutenants pour se partager l’héritage, il imaginait être accueilli comme Napoléon de retour de l’île d’Elbe. Les batailles futures s’annonçaient triomphales, à la mesure de sa popularité retrouvée et de la disgrâce de son concurrent de 2012, empêtré à promettre d’inverser l’inverse de ce qu’il avait promis.

Hélas, point d’enthousiasme ou d’élan populaire. Point de soumission de ses anciens amis qui contestèrent son autorité en réclamant une primaire. Point de victoire écrasante non plus, avec une montée inquiétante du Front national et une gauche qui réussit à sauver les meubles.

De sondage en sondage, sa popularité s’est effondrée et ses intentions de vote avec elle.

Tout cela peut s’inverser direz-vous ! Comme Chirac en 95 ! Avec Sarkozy on s’attend à tout !

On a déjà entendu ce discours en 2012. Lorsqu’ils parlent de Sarkozy, les Français cessent d’être rationnels, comme s’il était un être aux pouvoirs surnaturels, comme les dieux de l’antiquité.

En ramenant Sarkozy à sa condition humaine, on voit les choses autrement. Le choix des « sympathisants de droite » se fera en grande partie sur la capacité des candidats à gagner l’élection finale. Si elles s’intéressaient à lui, les agences de notations classeraient aujourd’hui Sarkozy dans la catégorie des « candidats à risque », capable de perdre face à Hollande ou le Pen. C’est un piège redoutable. Il suffirait de rien pour qu’il se referme sur lui.

Le coup de grâce

Ce rien viendra peut-être de la justice.

Lorsqu’on prononce ce mot, l’irrationnel revient au galop. « La justice n’intervient jamais dans les affaires politiques l’année précédent l’élection présidentielle » ou bien « Seule une condamnation pourra arrêter Sarkozy ». Encore le syndrome du dieu antique…

De quoi s’agit-il ?

De l’affaire de « corruption et trafic d’influence » (dite « affaire des écoutes »).

Sans s’appesantir sur les détails, on sait que Sarkozy est mis en examen dans cette affaire, ainsi que son avocat et un haut magistrat. Les éléments à charge (écoutes téléphoniques) ont été validés par la cour de cassation et les 2 juges ont terminé l’instruction depuis début février. Il ne leur reste qu’à statuer sur le sort des 3 mis en examen : non-lieu ou renvoi en correctionnelle. Ce qu’elles pourront faire en respectant certains délais. Elles devront encore attendre les réquisitions du parquet qui devrait se prononcer dans les prochaines semaines et on peut compter sur la défense pour user de toutes les astuces de la procédure pour retarder l’échéance. Malgré tout, la décision devrait intervenir dans les prochains mois.

La décision la plus probable est un renvoi en correctionnelle. Il porterait un coup fatal à la candidature de Nicolas Sarkozy. Il n’est besoin que la date du procès soit fixée, ni que le procès ait lieu avant la présidentielle. L’annonce d’un procès suffirait à rendre sa candidature « inconcevable ».

Qu’il l’admette et se retire, en faisant le coup du « train remis sur les rails », pour se mettre « en réserve de la république », ou qu’il persiste, le résultat sera le même : il ne sera plus en mesure d’atteindre le second tour de la primaire.

Alors, penserez-vous c’est la victoire assurée pour Juppé ! Une victoire à la Pyrrhus !

Que vaudra Juppé sans Sarkozy ?

La popularité d’Alain Juppé est un phénomène récent qui date du retour de Sarkozy en 2014. Cet homme « droit dans ses bottes » a toujours attiré le respect mais pas la sympathie. Avec l’âge son caractère s’est un peu enjoué et sa popularité s’est améliorée (40%), mais elle est restée loin des cotes des Delors, Balladur, Jospin ou même Ségolène Royal à un an de la présidentielle (60%).

Par contre les intentions de votes en faveur de Juppé, que ce soit à la primaire ou la présidentielle ont bondi depuis un an et sont à un niveau très élevé. Cet engouement a une explication simple : Juppé est le meilleur rempart contre un retour de Sarkozy.

Mais, Sarkozy out, que devient cet engouement ?

La cuirasse de Juppé disparaît, comme le carrosse de Cendrillon au douzième coup de minuit. Il redevient le politicien de 72 ans, condamné par la justice, qui a provoqué les pires grèves depuis mai 68. Tout cela est injuste bien sûr, mais la vie politique est implacable.

Une autre menace guette Alain Juppé : la « droite forte », orpheline de Sarkozy et libérée de cette allégeance, se cherchera un nouveau chef, qui n’est peut-être pas parmi les candidats aujourd’hui. Un nouveau candidat qui peut changer la donne.

Face à des candidats plus jeunes au passé moins chargé, Juppé risque d’être dépassé et de disparaître à son tour de la présidentielle.

Voilà un scénario conforme à ce qui s’est toujours passé depuis 40 ans.

Les commentateurs avisés le jugeront sans doute « improbable », comme ils avaient jugé « probable » l’élection de Chaban-Delmas, Balladur, Jospin ou Strauss-Kahn.

Vous pouvez les suivre et croire que pour une fois les favoris vont gagner.

Pierre ESCAICH ( 03 )

Discours d’un Roi

Après avoir vu « Discours d’un Roi »

« C’est très émouvant pour moi. D’abord, c’est un très beau film et, ensuite, c’est une histoire qu’on ne comprend bien que de l’intérieur. Sortir de cet enfermement-là et penser à ceux qui n’en sortent pas, c’est naturellement très marquant dans une vie. C’est un sentiment d’une telle injustice quand vous avez des flots de mots en éruption dans la tête et que vous ne pouvez les faire naître. Bien sûr, c’est une épreuve. La première fois que j’ai fait un enregistrement, il devait durer une minute, on l’a refait dix-sept fois.

Je me suis mis à bégayer à 7-8 ans. Avant, à l’école, on m’appelait “l’orateur” tant j’avais envie de parler. Le film le montre très bien, ce n’est pas un handicap physique, c’est un blocage intérieur. Il faut à la fois apprivoiser l’expression, la langue, la parole et se construire intérieurement. Apprivoiser la voix et apprivoiser le moi. Il faut comprendre ce qui est arrivé, ce qui est de l’ordre de la vie de chacun, s’accepter soi-même en apprivoisant les mots.

« Je n’ai jamais dissimulé mon bégaiement« 

Ce n’est pas une petite chose dans une vie, et dans une vie de garçon surtout, pour qui le leadership de la parole est tellement essentiel. Le bégaiement est l’endroit où s’est produit une fêlure. Il frappe surtout les garçons, il touche l’instrument de la communication. C’est quelque chose qui tient à l’image de soi. On peut travailler la capacité de détente, le rythme de la phrase, la gestuelle, et en même temps ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel est dans le chemin qu’on fait intérieurement pour s’accepter et sans doute s’aimer bien.

Mon principe est de ne pas dissimuler, je pense que la sincérité est la clé de la confiance. Au demeurant, au début, il suffisait de m’écouter! Je n’ai donc jamais dissimulé mon bégaiement. Des petits garçons m’écrivent et me demandent comment on en sort. Beaucoup font ce chemin intérieur avec un psychanalyste, moi, je l’ai fait seul, contrairement au futur roi George VI. Quand j’étais adolescent, j’ai vu un orthophoniste. Quand je suis sorti de son cabinet, je ne bégayais plus, ma famille était folle de joie. Puis c’est revenu, quelques semaines plus tard. Il faut accepter de vivre avec son histoire. Nous le faisons tous, mais en bégayant vous ne pouvez pas dissimuler l’endroit où se manifeste quelque chose de blessé en vous.

Cette épreuve m’a poussé à faire le Conservatoire, à avoir même un prix. C’est pour cela que j’ai appris beaucoup de textes par cœur. ça m’a aidé pour la prononciation du français. Mon professeur au Conservatoire avait appelé le plus grand psychanalyste du Sud-Ouest pour me prendre un rendez-vous. Il m’a fait écouter la conversation : “Quel âge a-t-il ? – 19 ans.” Réponse du psychanalyste: “C’est foutu. Il ne pourra jamais faire de théâtre, jamais être prof et jamais faire de la politique.” Eh bien, j’ai fait les trois!

« Mitterrand évoquait souvent ce sujet avec moi« 

Pendant des années, j’ai guetté et, avec moi, ceux qui m’aiment les moments où ça bute. J’ai appris à trouver les mots, à jongler pour dénicher ceux qui passent. Puis, avec le temps, vous comprenez que ce que vous dites est plus important que la manière dont vous le dites. Cela ne disparaît jamais, toujours on sait que ça peut arriver, qu’on peut bloquer. C’est probablement un handicap en politique, mais beaucoup de handicaps sont des forces. ça a joué un très grand rôle dans ma vie, c’était parfois désespérant, cela débouchait parfois aussi sur des éclats de rire. J’avais de si jolies choses à dire, surtout aux filles!

Mais ce n’est pas du tout une difficulté dont les gens ont pitié. On le sent bien dans le film quand son frère se moque en l’appelant “BBBBBBertie”. Au début, dans ma circonscription, mes adversaires faisaient campagne contre moi sur le thème “il ne sait pas parler”. Mitterrand l’évoquait souvent avec moi, je crois que c’est quelque chose qu’il avait rencontré. Tout cela est une vraie aventure humaine avec son poids sur les épaules. Elle vous forme et vous rend plus déterminé, plus attentif aux autres. »

Cécile Amar – Le Journal du Dimanche

dimanche 30 janvier 2011