CETA : l’abdication

Qu’on se le dise, la France va sauver le climat et défendre les valeurs universelles, si possible avec tambours et trompettes, et applaudissements à l’ONU. Il faut dire que l’abominable Trump joue les parfaits repoussoirs. Face à ses rodomontades guerrières (dont on se gardera d’analyser les prémices concernant le concept de souveraineté, qui rendent le discours bien moins délirant), on aligne les perles sur la défense de cette Terre que nous partageons, sur cette «indépendance dans l’interdépendance» qui nous rappelle que nous sommes tous frères.

Voilà qui ne coûte pas grand-chose. Et qui ne réclame aucun courage car il n’est pas d’ennemi plus confortable que celui que l’on s’invente en toute abstraction.

Mais le surlendemain de cette démonstration de bonnes intentions entrait en vigueur en Europe le traité de libre-échange avec le Canada. Dans l’indifférence générale, le Ceta est mis en place « à titre provisoire », en attendant que les parlements nationaux et quelques parlements régionaux le ratifient.

Il y avait urgence, en effet. Pourquoi s’embarrasser du vote des représentants des nations. La Commission voulait faire de ce traité et de tous les traités de libre-échange des traités « «non mixtes», c’est-à-dire relevant de la seule compétence des instances bruxelloises. C’est ce qui arrivera pour les traités avec la Nouvelle- Zélande et l’Australie. Tout cela ne concerne pas les peuples, qui sont trop abrutis pour juger de la bonne marche du commerce. Ils ont le mauvais goût de vouloir préserver leurs paysans, leurs produits, de tenir à leurs normes de santé et de sécurité, de rechigner devant une assiette de veau aux hormones ou de saumon OGM. Et parfois, il prend l’envie à leurs représentants, pourtant bien dressés et parfaitement sélectionnés, de les écouter et de refuser de ratifier un traité. Rien de tel, donc, que la négociation secrète et les décisions non concertées.

C’était d’ailleurs la conviction d’Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle.

Mais le besoin de dépasser son socle de 24 % lui a inspiré entre les deux tours une idée brillante: mettre en place une commission d’experts indépendants chargée d’évaluer les conséquences du Ceta sur l’environnement et la santé.Notre jeune président connaît son petit Clemenceau illustré: si vous voulez enterrer un problème …

Ladite commission a donc rendu son rapport: entre le tribunal d’arbitrage permettant à des industriels de contester des politiques publiques et les potentielles remises en cause des réglementations en matière de bien -être animal, de sécurité sanitaire ou de propriété intellectuelle du vivant, l’accord, disent les experts, est en totale contradiction avec les ambitions de la France en matière de climat.

Voilà qui ne semble pas perturber notre orateur onusien. Son domaine, ce sont les mots, la pensée complexe. La réalité est trop simple pour lui. Car la réalité, ce sont ces 46 substances dangereuses interdites en France et répandues sur les cultures canadiennes. Ce sont ces dizaines de milliers de tonnes de viande canadienne qui arriveront sur le marché européen environ 30 % moins chères que la viande française car l’agriculture canadienne est entièrement industrialisée, avec traitement des animaux aux anabolisants et aux antibiotiques. La ruine des filières agricoles françaises, envoyées à l’abattoir pour permettre aux grands groupes industriels d’étendre leur emprise, est une réalité simple dont l’évidence devrait nous aveugler. La remise en cause, au nom du commerce, des protections offertes au consommateur selon une conception européenne du bien commun devrait soulever l’indignation.

Ce traité, comme » tous ceux négociés par la Commission européenne ces dernières années en toute discrétion, ne s’intéresse pas aux barrières tarifaires, déjà extrêmement basses, mais aux « barrières non tarifaires », toutes ces normes qui traduisent une vision des rapports sociaux, de l’histoire économique, de la culture industrielle et agricole d’un pays; une vision de l’inscription de l’homme dans son environnement. C’est tout cela que nous abdiquons, ou plutôt que nos gouvernants et nos représentants abdiquent.

 

Mais s’en indigner, faire remarquer à notre président que l’histoire ne jugera pas ses discours mais ses choix politiques,expose aux sarcasmes. La démocratie, c’est très «monde ancien». Il faut « penser printemps » … et penser commerce. Et écouter le ministre Nicolas Hulot déplorer un «processus tellement lancé que, à moins d’un incident diplomatique avec le Canada, ce que nous ne souhaitions pas, c’était difficile»: .. Bref, le fait accompli permet une fois de plus de s’asseoir sur la volonté des peuples. Mais, promis, la prochaine fois, ce sera différent. D’autres filières seront mortes, d’autres savoir-faire français auront disparu, mais notre président sera salué comme un grand défenseur du climat, un homme résolument soucieux de l’avenir.

L’ennui, avec l’avenir, c’est qu’un jour il advient: il faut alors assumer.

Natacha Polony

Le Figaro 23/09/2017

Les Débats Pipés

Attaché à l’esprit de la Vème République, j’étais allergique aux primaires. A présent, nombreux « télévisionnistes » journalistes ou experts émettent des doutes sur l’intérêt de cette présélection. Dans cette affaire, un seul grand vainqueur : le monde médiatique. Comme le sport, les primaires ont assuré des heures d’émissions avec une bonne audience. La politique c’et bon, pour la 1ère fois, au premier tour, TF1 et France 2 organisent un débat de presque tous les candidats. Aucun n’a refusé ce piège : la dévalorisation de la fonction présidentielle à la française sera consommée.

Comme pour les divers concours télévisuels, Lundi 20 Mars, vous verrez aligné 5 et seulement 5 des prétendants présidentiels. La 1ère conséquence en sera la banalisation définitive de la candidate FN, une parmi les autres. Certains n’y verront que le fonctionnement normal de la démocratie et d’autres se souviendront de l’Histoire.

La « boite à images » amplifie les phénomènes d’apparence. Il y aura une seule femme face à 4 hommes, je ne crois pas que ce soit sans influences.

Depuis des mois, tous les sondages prédisent la présence du FN au second tour, et comme les candidats, les français ont fini par s’en persuader. Il n’y aurait plus qu’une place disponible pour le second tour. Ainsi, le match télévisuel nous proposera une favorite face à 4 challengers impuissants. Le seul spectacle sera celui de l’affrontement des 4 prétendants à la présidence au 2ème tour. Dans cette partie, certains voudront voir un favori des sondages face aux 3 autres. Le seul résultat certain, c’est une dame seule contre tous. La télé va nous ressusciter Jeanne d’Arc.

Par expérience, nous savons que le fond n’est jamais abordé et que les journalistes ne s’intéressent qu’aux quelques mesures spectaculaires tirées des catalogues des candidats. Il est peu probable que nous en sachions davantage sur la vision de la France que porte chaque compétiteur. Et pourtant, dans « Résolution Française », François Bayrou écrit : « le Président de la République ….ne représente pas un programme. Un programme c’est affaire de gouvernement. Il est le Président, élu par les Français, non pas sur une liste détaillée de mesures secondaires mais d’abord … sur quelques grands objectifs … » (cf p 113).

L’après débat va nourrir des heures d’antennes et quelques sondages. Vous pouvez imaginer tous les critères dont les « spécialistes » débattront à l’infini pour faire le spectacle. Qui était le plus convaincant, le plus sérieux, le plus décontracté, le plus souriant, le plus au fait des dossiers, je vous laisse le soin de compléter.

Le temps de TF1 à l’élection atténuera peut-être les effets néfastes. Celui de France 2, à 3 jours de l’élection, est le plus redoutable, il ne laissera pas de temps aux corrections d’opinions.

L’acceptation de cette nouveauté des débats de 1er tour me parait pure folie. Je n’y vois qu’un casting de Premier Ministre mais pas le choix d’un Président de la France.

Jean Marie PEYRON

HI ….. Résolution Française

A la télévision, il y a quelques mois, Bayrou regrettait que l’extrême droite soit l’obsession du débat , ajoutant que face au FN  » les politiques sont comme des lapins pris dans  les phares »

Ce mercredi, au début de sa proposition d’alliance il a évoqué la situation « décomposée » de la « démocratie » en France qui « nourrit le pire des risques, la flambée de l’extrême droite ».

 

Par un tweet, en septembre dernier, puis chez Bourdin, Bayrou accusait : «Derrière Macron, il y a des intérêts financiers incompatibles avec l’impartialité exigée par la fonction politique.»

Et dans sa conférence, il demande à Macron « une loi de moralisation » de la vie publique.

Au comité de soutien d’En Marche, il va retrouver certains de ses plus constants détracteurs et autres chantres de la mondialisation. En  plus de Jacques Attali, Pierre Bergé, Alain Minc, Daniel Cohn-Bendit, il voisinera avec Patrick Drahi l’entrepreneur financier qui dévore les médias (cf 1fin d’article). Bien souvent, Bayrou a dénoncé la mainmise des industriels sur la quasi-totalité des médias.

 

Il y a à peine une quinzaine de jours, face à l’insistance d’une journaliste à le voir se rallier à Macron, Bayrou en marquait l’impossibilité: « son projet est d’adapter la France à la mondialisation, mon projet est une France qui résiste à l’hyper capitalisme ».

 

Les experts sont légion autour de Macron, certains propos évoquent le nombre de 400 spécialistes travaillant à son programme.

Bayrou a écrit « je crois nécessaires des changements radicaux, mais pas les mêmes que ceux qu’on rabâche à longueur d’antenne. Je me sens assez éloigné de ceux qui s’expriment en cette période électorale. Je bannis les experts qui parlent à la place des politiques. Je parle comme je parle, j’écris comme j’écris, mais c’est moi qui parle et qui écris, et nul autre, nulle plume empruntée, nul « groupe de travail ». Plus rudes sont les temps, plus il convient de les affronter à visage découvert » (cf p14 Résolution Française)

 

Le 5 février 2017, devant son auditoire, Emmanuel Macron avait déjà suscité un tollé en déclarant à Lyon : « Il n’y a pas de culture française, il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse ». En meeting à Londres ce 21 février, Emmanuel Macron a continué ses explications de textes, et même enfoncé le clou : « L’art français, je ne l’ai jamais vu ».

Toujours dans le dernier ouvrage de Bayrou, j’avais apprécié les premières lignes de la page 17 : « La France est la France. Son identité, son ADN ne ressemblent à celui d’aucun autre pays. Car le projet national français, cette identité, ce code génétique, ce n’est pas une question ethnique ou religieuse, c’est un choix politique. Ou philosophique comme on voudra. Ce projet est unique parmi les nations …. Si l’on veut, c’est un projet de résistance …. Résister aux puissances du temps, résister aux hégémonies extérieures, à la fatalité. »

Je cherchais ma conclusion, Bayrou et l’Express me l’apporte en ce dimanche soir.

L’Express Actualité internet :

« Quelques jours après son ralliement à la candidature de l’ancien ministre de l’Economie, François Bayrou a déja tenu à prendre ses distances avec des déclarations d’Emmanuel Macron. Ce dernier avait déclaré qu’il n’y avait pas « une culture française ».

A peine rallié à la candidature d’Emmanuel Macron, François Bayrou marque déjà sa différence avec son nouveau champion. Invité du Grand Rendez-vous Europe1 – Les Echos – i Télé, le président du Modem s’est démarqué du candidat à l’élection présidentielle en estimant qu' »il y avait une culture française ».

En meeting le 4 février à Lyon, le candidat d’En Marche! avait lancé « il n’y a d’ailleurs pas une culture française, il y a une culture en France, elle est diverse, elle est multiple ». Des propos contraires aux convictions de François Bayrou. « Pour moi, il y a une culture française, je suis un défenseur de la culture et de la langue française », a-t-il rétorqué. « Nous portons en nous un patrimoine immémorial qui vient de loin et se projette dans l’avenir (…) On peut remonter très, très loin, à la Renaissance », a-t-il ajouté tout en reconnaissant les différences de sensibilité qui la composent. « Il faut faire sienne cette culture française, elle est irriguée par des sensibilités différentes qui peu à peu l’enrichissent », a conclu le maire de Pau. »

 

Renvoi 1 : Patrick Drahi

Le point de vue de Bernard-Henri Lévy : « Français d’âme et de cœur et ressortissant suisse, citoyen israélien né à Casablanca, Citizen Drahi régnant sur ce territoire sans limite ni frontière que nous assignent les technologies dont vous êtes l’industriel, vous êtes aussi l’un de ces “Gidiens” que l’“idéologie française” réprouve depuis un siècle mais dont nous avons cruellement besoin en ces temps de lourdeur indigène et d’étouffement chauvin – vous êtes l’un de ces citoyens du monde impossibles à assigner à une “souche”, à enfermer dans une appartenance, à épuiser dans l’un de ces trois “n” (le natal, le national, le naturel) », « Patrick Drahi, les Juifs et l’argent », crif.org, 14/05/2015

Renvoi 2 : Patrick Drahi

http://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/0211544563696-en-deux-ans-lempire-de-patrick-drahi-altice-a-double-sa-dette-a-50-milliards-2046619.php

La FRANCE en a besoin

L’accueil de son livre est excellent. « Résolution Française » a suscité de nombreux articles intéressants et parfois élogieux. L’affaire Fillon qui n’en finit plus, aggrave le rejet du personnel politique. L’ancien Président de la Commission Européenne, M. Baroso avait été le parfait mauvais exemple, en passant à la banque américaine qui avait aidé à truquer les chiffres de la Grèce.  Les contrats des cadres commerciaux incluent souvent des clauses de non concurrence pendant une certaine durée. Non par convention, mais par éthique, les politiques devraient s’imposer les mêmes règles. M. Fillon a confirmé qu’il avait une activité politique depuis 1981 et donc pas d’expériences économiques pratiques. On ne peut que s’interroger sur le type de prestations proposées comme conseil d’entreprises pour des montants significatifs. La suspicion sur la collusion des politiques et des grands intérêts se nourrit de cette confusion. F. Bayrou s’est opposé à la cession des autoroutes et il a dénoncé l’arbitrage Tapie. Des bénéfices choquants et une annulation judiciaire ont confirmé ses craintes et validé son analyse.

Les chiffres sur la répartition des richesses sont effarants. Il en tire la conclusion qui s’impose, l’hyper capitalisme menace l’équilibre de la planète et peut faire craindre pire. Une France confiante en elle-même peut trouver son propre chemin d’équilibre entre les nécessités économiques et les protections sociales.

Ses nombreuses interventions télévisuelles ont fait ressortir la considération dont il jouit. A chaque fois, on a l’impression que le débat s’élève et quitte la dissertation sur quelques mesures économiques. Comme François Bayrou et avec lui, je suis optimiste pour la France.

Jean Marie PEYRON

MODEM Réticent

Il veut attirer les électeurs du MoDem dans ses filets. Dans cette optique, Emmanuel Macron, invité sur le plateau du 20H de TF1 mercredi, a exhorté François Bayrou à le rejoindre en vue de la présidentielle. La tâche s’annonce toutefois ardue. Si, sur le papier, l’alliance a tout du mariage de raison, dans les faits, c’est autre chose…

Questionné sur celui qu’il qualifiait en septembre « d’hologramme » ce mercredi par Gilles Boulleau, le président du MoDem a persisté et signé :  « L’option Macron n’est pas mûre, je ne sais pas quel est son projet, je ne sais pas quel est son positionnement », tançait-il. Ils ont beau chacun prôner le dépassement du clivage gauche-droite, leur rapprochement n’en est pas plus automatique.

D’autant que, du côté des cadres du parti centriste, on ne sent pas beaucoup plus de motivation. En effet, les membres du MoDem contactés par LCI ne veulent pas entendre parler du mot « ralliement », qui ne correspond pas à leur conception de la politique : « Seule une discussion sur le projet est envisageable. Et il n’y a rien de tel à ce jour chez Emmanuel Macron », souligne Maud Gatel, élue UDI-MoDem au Conseil de Paris.

Même son de cloche chez Francois-Xavier Penicaud, président du MoDem du Rhône. « S’il envisage une coalition de projet et de travailler ensemble, ça s’étudie. S’il demande de le rejoindre dans une démarche de soumission et d’effacement de l’identité démocrate et centriste, ça ne peut pas fonctionner », nous explique-t-il.

De fait, les centristes invitent Emmanuel Macron à éclaircir son programme : « Une alliance est envisageable si des points de convergences existent entre notre programme et le sien, explique Marc Fresneau, secrétaire général du MoDem. Mais pour le moment, ses propositions sur les 35 heures, la loi Travail et globalement sur le droit du travail sont floues ». Le conseiller national Sourya Zinnoury renchérit : « Il y a des sujets importants sur lesquels il s’est très peu exprimé, comme l’endettement, l’institutionnel et la citoyenneté, ou même l’environnement »

De son côté, Anaïs Brood, vice-présidente des Jeunes Démocrates, fustige un manque de clarté sur son engagement européen : « Il se dit relativement européiste. Mais de quelle Europe parle-t-il ? D’une Europe fédérale ? Construite autour du couple franco-allemand ? Ce n’est pas très clair ».

Sous-couvert d’anonymat, cet ancien membre du bureau national des Jeunes Démocrates se montre plus incisif, estimant que « Bayrou et Macron n’ont rien à voir ensemble » : « Le Modem doit enfin apprendre à exister par lui-même et arrêter de servir de faire valoir aux autres », fustige-t-il. Pour le moment, François Bayrou ne semble pas avoir tranché quant à une éventuelle alliance avec l’ancien ministre de l’Economie. Au vu des témoignages recueillis plus haut, celle-ci s’annonce néanmoins peu probable. Le maire de Pau devrait rendre sa décision à « la mi-février ».

L’Alternance pour seul projet : Danger

D’après Wikipédia, en politique, on parle d’alternance politique lorsque des partis appartenant à des courants politiques différents se succèdent au pouvoir. En pratique, l’alternance consiste généralement en un renversement de la majorité politique lors d’élections présidentielles et/ou législatives.
Depuis 30 ans, en France nous l’avons largement pratiqué. Au moins 6 fois, le gouvernement est passé du bloc de droite au bloc de gauche ou de gauche à droite, suivant vos préférences partisanes. J’ai l’impression de n’avoir retenu que ce seul argument dans la primaire de la droite. C’est d’autant plus inquiétant qu’il en est sorti le premier ministre pendant 5 ans du quinquennat Sarkozy rejeté en 2017. Au vu de récents sondages (JDD, Odoxa) les Français semblent s’en souvenir. Aussi, je regrette que trop souvent, Bayrou fasse de l’Alternance le préambule de ses discours.
D’une façon générale, en Europe, les électeurs se sentent dépossédés de leur choix politique et la globalisation aidant, ne perçoivent plus toujours, la nécessité d’une alternance politique dont ils ne maitrisent plus ni les enjeux ni les conséquences. Tout se vaut et les extrêmes tutoient, en termes de scores électoraux, ceux des partis classiques, cédant la place à tous les populismes. Droite et gauche apparaissent désarmés, incapables, face à de telles lames de fond, sans apports de solutions concrètes aux problèmes de chômage , d’éducation , de sécurité et d’immigration.La désaffection populaire à l’égard des dirigeants est symptomatique de cette défiance envers le « haut » qui semble déconnecté des préoccupations d’en « bas ».
De plus, dans une France au moins tripartite, le changement de président n’assure pas une alternance législative complète. A scrutin inchangé, à 3 blocs en présence, il n’est pas certain que le nouvel élu obtienne l’appui d’une majorité absolue.
A trop utiliser le mot, nos politiques devraient se méfier que les Français entendent: l’Alternance « nouvelle », celle qui n’a pas été essayé.
Jean Marie PEYRON

Une certaine idée de l’Homme

« Une obligation morale s’impose aux privilégiés : ne pas refuser le partage avec ceux qui n’ont rien. […] Le partage, dont il est ici question, ne se contente pas d’aumônes, mais appelle une juste  répartition des richesses sur la planète. »

Sœur Emmanuelle, Richesse de la pauvreté

Il y a quelques jours, le Président de la région Auvergne-Rhône-Alpes s’est déclaré opposé à l’accueil de 1784 migrants prévus par le plan de démantèlement de la jungle de Calais annoncé par le Gouvernement, expliquant que cette décision allait créer des « mini-calais » sur l’ensemble du territoire. Il a ensuite fait part de la disponibilité de la région pour aider les maires des communes potentiellement concernés à lutter contre l’installation de ces migrants. Mieux encore, il est même allé jusqu’à prétendre que Sœur Emmanuelle lui aurait conseillé de ne pas accueillir de migrants si elle avait été vivante.

1784 personnes, qui représentent 0,02% de la population totale de cette région. 1784 hommes, femmes et enfants, dont l’immense majorité, faut-il le rappeler, fuit un pays ravagé par la guerre et le terrorisme depuis plus de cinq ans.

En 2015, notre région a accueilli 1369 personnes, dont 200 à Varennes-sur-Allier. L’Auvergne est-elle depuis devenue une jungle ? Il y a, en politique comme dans la vie, des limites au cynisme, et elles ont été largement franchies.

L’Allemagne a accueilli dans le même temps sur son territoire plus de 800 000 réfugiés. Cela n’a certes pas été sans conséquences sociales et politiques. Mais c’est bien à ce genre de choix que l’on mesure la vitalité et la confiance qu’un pays peut avoir en lui-même et en son avenir.

La responsabilité du politique c’est de reconnaître qu’il n’existe pas de solution miracle à la guerre en Syrie. La responsabilité du politique, c’est de trouver des solutions concrètes plutôt que de jouer sur les peurs. Que propose Laurent Wauquiez en guise d’alternative ? Rien.

Quelques voix, comme celles de Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne, se sont élevées pour dénoncer ces prises de position et il faut les en remercier. Car c’est l’honneur de la Droite que de marquer son refus du chemin dans lequel Laurent Wauquiez voudrait entraîner les français. Car c’est l’honneur de la France que d’accueillir les femmes et les hommes qui fuient une guerre qui a fait plus de 350 000 morts.

Oui, il faut donc accueillir ces hommes et ces femmes dans la dignité. C’est un devoir moral qui s’impose à nous et que nous ne pouvons évacuer d’un revers de main. Cela doit être fait dans la concertation, le respect et le dialogue avec les populations, mais cela doit être fait.

Au nom de quoi ?

Au nom des « valeurs », chrétiennes ou pas, d’ouverture à l’autre, de tolérance, de solidarité qui animent encore nombre d’entre nous et qui méritent plus que jamais être défendues. Au nom du bel idéal de fraternité qui forme encore le ciment de notre République. Au nom d’une France que nous savons généreuse et que nous espérons encore courageuse.

Il s’agit d’un combat, qui depuis la Renaissance jusqu’à ce jour définit le projet collectif que nous portons dans ce pays. Ce combat, pour la dignité des hommes, pour leur liberté et pour leur émancipation, il nous revient plus que jamais de le mener.

Il est temps.

Romain Bernardon

Terrorisme : sommes-nous une partie du problème ?

Nice, le14 juillet 2016, des images terribles, un sentiment d’impuissance et de désespoir. La terreur s’installe dans notre pays avec tous les ingrédients des films d’horreur. On ne sait pas où elle frappera la prochaine fois, ni quand, ni comment, mais on est sûr qu’elle reviendra. On ne sait pas vraiment d’où elle vient. On ne sait pas comment l’affronter. La solennité de nos dirigeants, après chaque attentat, et la recherche pathétiques de mesures symboliques, comme la déchéance de nationalité, trahissent leur désarroi face à un danger dont le mécanisme leur échappe. Alors, pour se rassurer, on essaie de trouver un but à cet ennemi de l’ombre.  Il menace tour à tour, la liberté d’expression, la laïcité, la république, la jeunesse, la famille… Et pour se rassurer, encore et encore, on proclame « qu’on ne lâchera rien ! » Mais lâcher quoi ? A chaque attaque il y aura quelque chose de nouveau à ne pas lâcher.

Face à un péril sanitaire personne ne chercherait le but poursuivi par le microbe. On chercherait d’abord à stopper sa propagation. Puis on étudierait comment il se développe et quel est son carburant. C’est en le comprenant qu’on pourra le réduire et peut-être l’éliminer.

Le terrorisme est comparable à un péril sanitaire.

Pour arrêter sa propagation, on prend des mesures sécuritaires à l’intérieur des frontières et on collabore avec les pays voisins. On réussit à déjouer la plupart des attentats, mais pas tous. On cherche où sont nos failles de sécurité et on essaie de s’améliorer. On le fait avec plus ou moins d’efficacité, mais dans l’urgence, il n’y a pas trente six mille solutions.

Il en est tout autrement, lorsqu’il s’agit de travailler sur le long terme, pour éradiquer le mal. On ne cherche pas à comprendre sa genèse, ni son développement spectaculaire depuis 15 ans. On le combat par les armes, sans se poser plus de questions. Cette stratégie ne s’attaque pas à la racine du mal. Elle procède d’une vision egocentrique du monde que nous jugeons selon nos valeurs et à travers ce que nous pensons être notre intérêt. Un peu comme les sciences naturelles classaient le monde animal  en espèces utiles et nuisibles. L’écologie nous a appris que, pour être viable, un milieu naturel devait respecter des équilibres plus complexes que la simple satisfaction de l’intérêt immédiat de l’espèce humaine. Elle nous a surtout appris que l’homme était partie prenante de ce problème.

Dans sa relation avec l’Orient et le monde arabe, l’Occident, comme les sciences naturelles de notre enfance, décide de ce qui est utile et nuisible, sans trop se préoccuper de ce qu’en pensent les peuples concernés. Il crée alors des frustrations immenses, qu’exacerbent les moyens modernes d’information et de communication, et qui est le terreau principal du terrorisme. Ce faisant l’Occident devient lui-même une partie du problème.

En écoutant ce matin les discours martiaux de nos dirigeants, les drapeaux tricolores, la marseillaise, il m’a semblé revenir 60 ans en arrière. Comme tous les Pied-noir de mon âge, j’ai vécu mon enfance dans la peur de l’attentat. La mort était partout et nulle part. Elle pouvait vous surprendre au détour d’un chemin, dans une ferme ou dans un trolleybus. Tout comme aujourd’hui, la réponse était sécuritaire et les mots étaient les mêmes. Il fallait réduire par la force ceux qui attaquaient la nation et la république. Et surtout, il ne fallait « rien lâcher ».

J’ai quitté l’Algérie à quinze ans, plein d’amertume et d’incompréhension. J’ai passé le reste de ma vie à essayer de comprendre comment on avait pu se tromper à ce point. J’ai fini par comprendre que l’erreur n’était pas dans la politique qui avait été menée mais qu’elle était en nous. Parce que, sans le savoir, nous étions une partie du problème et nous n’en avions pas conscience.

Les Pied-noir ont eu le choix entre « la valise et le cercueil ». La France du XXIème siècle, l’Occident en général, n’aura pas cette chance. Elle n’aura que le cercueil. Ce qui rend le défi terroriste encore plus redoutable. Nous devons accepter une remise en cause de notre approche du monde. Nous sommes toujours très fortement marqués par notre passé colonial, qui fait partie de notre histoire. Ce passé a souvent été décrié, parfois avec raison, mais souvent de façon injuste. Nous n’avons pas à le rejeter, mais aujourd’hui nous devons nous inscrire dans une logique différente. Nous devons  chercher avec nos vassaux d’hier de nouveaux équilibres et redonner à ces peuples la dignité à laquelle ils aspirent, au lieu de prendre leurs terres pour les champs de bataille de nos luttes d’influence. C’est à cette seule condition que la frustration qui les mine cessera d’alimenter les vocations pour le djihad et le terrorisme. Ce chemin sera long, mais nous devons le prendre. Sinon, nous n’arrêterons pas cette folie meurtrière et notre détresse risque d’être immense.

Pierre ESCAICH (03)

L’été Bayrou ? Pourquoi l’homme du Béarn pourrait bien capter les attentions avant la fin de la primaire de droite

Entre l’écriture d’un ouvrage politique, les quelques prises de positions et l’avancée de la primaire des Républicains, le président du MODEM a conscience qu’il ne peut pas attendre le sort d’Alain Juppé avant de se préparer (ou non) à une quatrième course présidentielle. Une course qu’il pourrait peut-être finir par gagner.

Avec Bruno Jeudy Avec Jean Petaux

 

Atlantico : Engagé dans la rédaction d’un livre politique François Bayrou ne peut pas, selon un collaborateur du MODEM « rester sans rien faire ni envisager de se lancer dans la bataille au lendemain des résultats des primaires ». De quelle manière le candidat centriste se prépare-t-il à une nouvelle course présidentielle ?

Bruno Jeudy : Le paradoxe c’est que François Bayrou se prépare sans savoir s’il ira véritablement vers une quatrième candidature à l’Elysée. Il a, en effet, conditionné sa présence sur la scène des candidats à la défaite d’Alain Juppé lors de la primaire de la droite. En cela, François Bayrou est condamné à attendre les 20 et 27 novembre – deuxième tour de l’élection des primaires des LR – pour savoir si son candidat favori sera ou non élu.

Cela n’a rien d’un secret puisque le président du MODEM l’a annoncé et déclaré publiquement il y a déjà plus d’un an et demi, quand le maire de Bordeaux à faire part de sa décision d’être candidat à la primaire. Alain Juppé a son soutien et il se ralliera à lui s’il est désigné candidat à l’élection présidentielle de 2017. Dans cette situation, François Bayrou ne sera pas candidat une quatrième fois. Dans le cas contraire, qui correspond à l’hypothèse d’une défaite d’Alain Juppé, cela signifie de facto qu’il sera candidat… en cas de victoire de Nicolas Sarkozy ou d’un autre candidat.

L’une des différences fondamentales avec les trois candidatures précédentes relève notamment du fait que François Bayrou tarde à se lancer dans le combat présidentiel. En 2002, mais aussi en 2007 et en 2012, le candidat centriste s’était lancé très tôt dans la campagne pour récolter les signatures, collecter les fonds et mobiliser ses faibles troupes. Entre 2007, qui correspond à la meilleure présidentielle de François Bayrou, et 2016 le MODEM a considérablement maigri, tant en nombre, de militants, d’élus, qu’en moyen matériels. Aujourd’hui, le MODEM est devenu un tout petit parti ce qui se ressentira nécessairement sur la candidature de François Bayrou.

Comme à chaque veille d’élection présidentielle, François Bayrou commence par préparer un livre politique qui doit marquer son entrée en période de précampagne. Celui-ci sera publié chez Plon, son éditeur habituel, et devait initialement être rendu avant l’été mais a été repoussé. Le président du MODEM sent que la primaire sera beaucoup plus serrée que prévue : il n’est plus certain qu’Alain Juppé l’emporte et par conséquent il attend avant de publier son ouvrage. Après tout, celui-ci marquera ses intentions pour 2017 et lui permettra d’esquisser l’axe de son éventuelle candidature.

Par ailleurs, comme lors de ses candidatures précédentes, François Bayrou a accumulé un peu d’argent dans l’objectif de préparer et financer une campagne (laquelle ne pourra pas être onéreuse, du fait des moyens du MODEM). Cependant, dans la mesure où les sondages le gratifient de 8% à 12% des intentions de vote, selon les instituts, il n’aura pas de mal à débloquer d’éventuels prêts auprès de banques, contrairement à d’autres candidats. Dans toutes les situations, il dépasse les 5% et bénéficie donc du remboursement d’une partie de sa campagne.

François Bayrou répond aujourd’hui à une analyse assez intuitive et estime que la primaire va mécaniquement favoriser Nicolas Sarkozy. En effet, selon lui, c’est le noyau dur des Républicains qui va se mobiliser. Or, la frange la plus déterminée à droite correspond davantage aux électeurs de l’ancien président de la République qu’à ceux de l’ancien Premier ministre. Ceux d’Alain Juppé sont des non-partisans, des électeurs modérés, des non-encartés qui n’ont pas nécessairement bien saisi toute la mécanique de la primaire : certains sont persuadés qu’il faut être Républicain pour pouvoir voter… A cela s’ajoute le peu de publicité de la primaire qui impliquera probablement moins de votants que ne le prévoient les sondages. Cette mécanique ne sera pas favorable au maire de Bordeaux selon François Bayrou. Il ne fait pas le pari de la défaite d’Alain Juppé, mais celui de la victoire de Nicolas Sarkozy, qui serait plus à même de mobiliser son électorat. Selon François Bayrou, Alain Juppé aurait du se présenter directement à l’élection présidentielle.

 

Déchéance de nationalité, 49-3, dans un contexte de discrédit de plus en plus profond de la gauche, l’année 2017 peut-elle être le « moment » Bayrou, comme l’a notamment pronostiqué le socialiste Thierry Mandon ou comme Jean Luc Mélenchon en a fait le « pari » ? Si Nicolas Sarkozy sortait victorieux de la primaire de droite, François Bayou serait-il en mesure de rassembler ?

Jean Petaux : La période actuelle, politiquement marquée par l’éclatement et l’instabilité de la scène politique permet à tous les scenarii d’être écrits. On voit des acteurs eux-mêmes jouer les pronostiqueurs. Il est, évidemment, impossible de privilégier telle ou telle configuration même si l’on peut, quand même, estimer que certaines sont incompatibles avec d’autres. Si Alain Juppé par exemple emporte la primaire de la droite et du centre le 27 novembre au soir, une candidature de François Bayrou est pratiquement exclue. Si Nicolas Sarkozy l’emporte (de justesse et avec une forte suspicion de tricherie par exemple) sur un Alain Juppé « battu à l’irrégulière » en quelque sorte, alors celui-ci, arguant de ce scandale et du sort des urnes de la primaire manifestement « illégal » (du fait de malversations dans le déroulement du scrutin), pourrait « oser » se présenter contre Nicolas Sarkozy. Dans ce cas-là aussi on imagine mal un François Bayrou « sortant du bois… palois » et s’alignant sur la ligne de départ. Ce serait une mauvaise manière faite à Alain Juppé et la quasi-certitude pour

Nicolas Sarkozy de virer en tête de la droite (voire devant la gauche aussi) au soir du 1er tour de la présidentielle « officielle », dans la mesure où les candidatures Juppé et Bayrou s’auto-neutraliseraient, l’un et l’autre visant les mêmes électeurs.

Donc la seule véritable opportunité pour François Bayrou pour qu’il se présente une 4ème fois à l’élection présidentielle (à ce rythme Arlette Laguillier a du souci à se faire question « record » de candidatures) réside dans la victoire de Nicolas Sarkozy à la primaire, le 27 novembre au soir. François Bayrou pourra se lancer dans la bataille en évoquant le caractère très « droitier » et très « clivant » d’un Sarkozy dont le retour à l’Elysée sera considéré (par ses concurrents) et surtout présenté (par Bayrou lui-même) comme très improbable du fait de son double handicap: le « déjà vu » et le « rejet ». Autrement dit le slogan de François Bayrou sera simple : « Le seul rempart contre l’arrivée de Marine Le Pen à l’Elysée ou la réélection de François Hollande : c’est moi ! ».

La situation actuelle de Bayrou (le fait qu’il ne parle pas) est propice à un score élevé dans les différents sondages. C’est une loi simple en matière électorale :  » moins vous en dites, plus on vous en prête ». En d’autres termes, formulé avec plus de classe, c’est ce qui disait le Cardinal de Retz : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens ». Adage qu’affectionnait particulièrement, disait-on, François Mitterrand. Difficile à dire si François Bayrou sera en mesure de rassembler. Ce n’est d’ailleurs pas là l’essentiel pour lui. Ce qu’il devra faire, en tout état de cause, c’est se qualifier pour le second tour et alors, alors seulement, face (probablement) à Marine Le Pen il devra rassembler. Ce que l’on peut présumer c’est que son comportement politique, sa « tradition » centriste (mélange entre Delors, Rocard, Raffarin, mais aussi, pourquoi pas, Hollande) lui permettrait d’envisager sans trop de difficulté d’être le « candidat du rassemblement républicain » contre la candidate de l’extrême-droite. Bayrou aurait, incontestablement, le profil du candidat « TSMLP » (Tout sauf Marine Le Pen).

 

Plusieurs sondages ont révélé que les intentions de vote en faveur de François Bayrou étaient comprises entre 10 et 14%, soit un niveau plus élevé que les premiers sondages ayant précédé la présidentielle de 2007, à laquelle François Bayrou a atteint le score de 18,57%. Que devra-t-il faire et que faudra-t-il qu’il se passe d’ici mai 2017 pour qu’il parvienne au second tour ?

Jean Petaux : La question essentielle, pour ne pas dire l’unique question qui mérite d’être posée est la suivante : « à quel niveau se situera le seuil de qualification » pour le second tour au soir du dimanche 23 avril 2017 ? En 1995 il était à 20,84% des suffrages exprimés (Chirac). Ce qui a éliminé Edouard Balladur arrivé 3ème avec 18,58% des voix (soit 2,26% de moins que Chirac). En 2002 (le « fameux » 21 avril), le seuil de qualification pour le second tour était à 16,86% (Jean-Marie Le Pen) qui a devancé Lionel Jospin de 196.000 voix. Jacques Chirac, « vainqueur » du premier tour cette année-là, n’a pas dépassé les 20% des SE (19,88%). En 2007 la situation a été très différente puisque le seuil de qualification pour le second tour a singulièrement « remonté » avec Ségolène Royal dépassant les 25% des voix (25,87%). Bayrou, comme vous le rappelez, a fait un score très honorable (18,57%) qui lui aurait permis de se qualifier pour le second tour 5 ans plus tôt alors qu’il n’avait obtenu que 6,84% des voix à ces mêmes élections de 2002. En 2012, dernière élection présidentielle de référence, François Hollande et Nicolas Sarkozy ont fait pratiquement « jeu égal » au premier tour : 28,63% des SE pour le 1er et 27,18% pour le 2nd reléguant à eux deux loin derrière eux la 3ème, Marine Le Pen (17,9% des voix) quand François Bayrou (troisième candidature à la présidentielle) repassait sous la barre des 10% des voix (9,13%).

En réalité on mesure ici le caractère unique de chaque présidentielle selon que tel ou tel bloc est divisé ou non. En 2002 le score de Lionel Jospin était inférieur à la somme de ses quatre « rivaux » se référant à la « gauche de gouvernement » (Chevènement, Hue, Mamère et Taubira) et l’extrême-gauche, elle-même pourtant très divisée en trois candidatures, dépassa les 10%. Comme la droite et le centre étaient eux-mêmes très divisés (outre la candidature du président sortant Jacques Chirac, on ne comptait pas moins de 5 candidats appartenant au bloc « droite et centre », en incluant Jean Saint-Josse, CPNT, ancien élu UDF) Dans cette configuration le seuil de qualification est forcément très bas. En 2012 au contraire, pour peu que la droite soit unie derrière son champion et que le vote utile joue pleinement pour le candidat socialiste en situation de l’emporter, alors le seuil de qualification remonte mécaniquement, détachant pleinement les deux premiers candidats du premier tour de leurs poursuivants.

En 2017 l’éclatement du nombre des candidatures va provoquer un abaissement du seuil d’accès au second tour: c’est une bonne opportunité pour Bayrou s’il se présente. Tout comme cela en sera une aussi pour Jean-Luc Mélenchon. En fait 5 candidats potentiels aujourd’hui, sont en mesure d’être présents au second tour, si Nicolas Sarkozy emporte la primaire de la droite et du centre en novembre 2016. Citons-les par ordre alphabétique pour éviter toute forme de « pronostique » : Bayrou, Hollande, Le Pen, Mélenchon et Sarkozy.

 

Quels sont les principaux obstacles qui pourraient contrecarrer ce scénario?

Jean Petaux : On l’a dit : pour François Bayrou la situation la plus négative est que Juppé l’emporte sur ses concurrents de la droite et du centre le 27 novembre au soir. Mais il n’aura pas tout réglé si Juppé est battu par Sarkozy et si le maire de Pau trouve ainsi une fenêtre d’opportunité pour justifier sa candidature. Il lui faudra aussi « chasser » l’image qui lui colle à la peau depuis 2012 et depuis son choix du second tour contre Nicolas Sarkozy et pour François Hollande : celui de traitre à son camp qui a permis, par ce petit coup de pouce supplémentaire entre les deux tours, à Hollande de l’emporter sur le leader de la droite. Et il lui faudra enfin (ce n’est pas la moindre des tâches) se doter d’un programme et cela ne s’improvise pas, constituer une équipe de campagne.

S’il était élu président de la République, comment évaluer la capacité de François Bayou à former une majorité à l’Assemblée nationale ? Quelles seraient les alliances dont il aurait éventuellement besoin et dans quelle mesure sont-elles réalisables?

Jean Petaux : Cela fait beaucoup de « si »… On voit bien que si l’on répond à vos questions par une formule lapidaire : « Le charisme du président nouvellement élu balaiera tout sur son passage et rassemblera nombre de personnalités autour du panache blanc du biographe d’Henri IV, né dans sa bonne ville de Pau », il y a quelque chose qui « cloche » dans cette réponse.. Et ce n’est ni Henri IV ni la ville de Pau… C’est, bien évidemment, l’association du mot « charisme » au nom de François Bayrou. Mais peut-être faut-il se méfier des apparences et des représentations. Peut-il faut-il tout simplement s’en remettre au « fait présidentiel » qui donne au nouveau président une dimension proche des fameux « Rois thaumaturges » si magnifiquement analysés par le grand Marc Bloch. Ce « pouvoir » quasi-monarchique du président de la République élu au suffrage universel depuis 1965 on sait qu’il tend à fondre comme neige au soleil et que, passé l’été, « l’état de grâce » se transforme en « état de farce » avant de finir en « état de disgrâce ». Mais le mois qui suit la prise de fonction, rien n’interdirait au nouveau président Bayrou, bien que sans troupes et sans armes, de rallier sur un programme d’union nationale les « femmes et les hommes de bonne volonté » et surtout les opportunistes de toutes origines qui viendraient faire amende honorable aux pieds de l’ennemi juré de Nicolas Sarkozy… contre une investiture législative avec étiquette « majorité présidentielle » par exemple. On verra alors si tous les opposants actuels au maire de Pau seront toujours aussi ironiques ou méprisants à l’égard du patron du MODEM.

Une candidature de François Bayrou, capable d’effrayer aussi bien François Hollande que Nicolas Sarkozy, n’est-elle pas une certaine aubaine pour les médias ? Dans quelle mesure pourrait-elle faire le jeu du monde de la presse et dans quelle mesure ce dernier fait-il de lui un troisième homme ?

Bruno Jeudy : Les projections sur l’élection présidentielle de 2017 laissent finalement assez peu de place au suspens. Tout laisse à croire que le vainqueur de la primaire des Républicains sera le grand favori de cette élection; que le match Marine Le Pen – candidat des LR est d’ores et déjà écrit. Aujourd’hui, dans tous les scénarios testés par les sondeurs mais également en matière de performances électorales, Marine Le Pen atteint un niveau élevé, de l’ordre de 25%. Il lui assure la qualification au second tour. Dans ce même ordre d’idée, les sondages nous enseignent également que c’est le candidat LR qui est systématiquement deuxième ; à des niveaux plus ou moins élevés.

C’est en raison de cette absence de suspsens que les médias cherchent des candidats « trouble-fête » en la personne de François Bayrou (et dans une moindre mesure de Jean-Luc Mélenchon). François Bayrou est capable de mordre sur l’électorat de Nicolas Sarkozy, et plus encore sur l’électorat de François Hollande dans les prévisions électorales sont assez faibles. C’est pour cela que, effectivement, François Bayrou est un candidat médiatique. N’oublions pas qu’il s’agirait de sa quatrième candidature et qu’en 2007 il avait été un valeureux adversaire, allant même jusqu’à tutoyer la candidate socialiste en réunissant 17% des voix. De plus, certaines personnalités politiques comme Thierry Mandon – secrétaire d’Etat – envisagent même qu’il soit devant François Hollande (ce qui serait surprenant), voire devant Nicolas Sarkozy (il s’agirait d’un véritable coup de tonnerre.. !).

Son analyse est simple : François Bayrou pourrait, selon lui, capitaliser sur les déçus de François Hollande et sur les anti-sarkozyste de droite, qui ne sont pas prêts à voter pour l’ancien président.

Les médias ont besoin de ce genre de candidatures pour faire vivre l’élection de 2017, pour faire vivre une présidentielle dont le match apparaît écrit d’avance aujourd’hui. Il y a le besoin clair d’écrire une histoire, pour le premier tour au moins, qui fasse mentir les prévisions des sondeurs. Ils font de François Bayrou et de Jean-Luc Mélenchon deux acteurs de ce récit… Mais à mon sens, la surprise proviendra d’avantage d’Emmanuel Macron qui incarne beaucoup plus la nouveauté, le renouveau, la jeunesse. Il est davantage en mesure de bousculer le système que ne le pourraient François Bayrou ou Jean-Luc Mélenchon, tout deux comptant au moins une candidature à leur actif. François Bayrou n’a plus cette aura de nouveauté qu’il avait en 2007. Il est, de plus, radioactif pour une partie de la droite qui le juge responsable (à tort ou à raison) de la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012. Il ne serait pas en mesure, à mon sens, d’être un véritable handicap pour la droite. Pour la gauche, en revanche…

Propos recueillis par Vincent Nahan

Le piège énergétique

Depuis l’antiquité, l’homme a tiré son énergie des « éléments », la terre, l’eau, le vent et le feu, dont il faisait bon usage et qui se renouvelaient naturellement. Il s’agissait essentiellement de se nourrir et de se chauffer.

La révolution industrielle et la maitrise de l’électricité ont bouleversé la nature et l’ampleur des besoins énergétiques. On est allé puiser dans les profondeurs de la terre les combustibles fossiles qui dormaient depuis la nuit des temps. Cet or noir, qui ne se renouvelle pas et menace les équilibres climatiques, était un piège.

Au XXème siècle, on a cru détenir « la » solution avec la maitrise de l’énergie nucléaire, indolore pour le climat et économique à produire. Hélas, les dangers inhérents à son exploitation ont fini par la diaboliser.

A la fin du XXème siècle, 90 % des sources d’énergie consommée en France (¼ sous forme électrique) étaient des voies sans issues. Le piège s’était refermé.

On décida alors d’exorciser le mal en imaginant un scénario vertueux, qu’on grava dans le marbre par le vote d’une loi dite « de transition énergétique ».

 

Cette loi fixe pour 2030 des objectifs de réduction de notre consommation d’énergie d’origine fossile (-30%) et de la part du nucléaire dans la consommation d’électricité (75% à 50%).

Pour y parvenir, la loi prévoit une croissance impressionnante des énergies renouvelables (32% de l’énergie globale, 40% de l’électricité), ainsi qu’une baisse de 20% de la consommation globale d’énergie.

Ce programme ambitieux est globalement cohérent, mais la réalité se pliera-t-elle à la loi des hommes ?

Concernant l’énergie « électrique », on constate que la montée du renouvelable (15 à 40%) est intégralement absorbée par la baisse du nucléaire (75 à 50%), l’électricité d’origine fossile restant stable à 10%. Elle n’aura donc aucun impact sur les émissions de gaz à effet de serre.

Mais comment passer de 15% à 40% ? On sait que les 15% actuels proviennent essentiellement des barrages hydrauliques (11%) dont la production est saturée. Seuls 4% (éolien, photovoltaïque, déchets) peuvent se développer. Les calculs montrent que les objectifs de la loi impliquent de multiplier par 6 le parc éolien et photovoltaïque d’ici 2030.

Lorsqu’on connaît les difficultés qui accompagnent en France l’implantation d’éoliennes et quand on sait que cet effort n’aura aucun impact sur le réchauffement climatique, on peut douter de l’intérêt et de la crédibilité d’un tel programme.

Supposons qu’il se réalise malgré tout et qu’il fournisse 40% de l’électricité, soit environ 10% de l’énergie globale. Comment produira-t-on les 22% qui restent pour atteindre les 32% d’énergie renouvelable fixée par la loi ?

Les énergies renouvelables non productrices d’électricité, représentent aujourd’hui 8% de l’énergie et se composent essentiellement de la biomasse solide ou « bois-énergie » (5,6%), et des biocarburants (2,0%).

La filière bois-énergie est en baisse  depuis des décennies et on peut seulement espérer qu’elle se stabilise. Restent les biocarburants. Les calculs montrent qu’il faudrait que leur consommation soit multipliée par 5 pour atteindre les objectifs de la loi.

Or les biocarburants actuels (dits de 1ère génération), issus de cultures agricoles ont un faible rendement et provoquent de fortes réticences. Leur consommation ne progresse plus. Les biocarburants de 2ème (déchets végétaux) ou de 3ème génération (algues) sont extrêmement prometteurs, mais ils sont encore à l’état expérimental et il ne faut pas en attendre des miracles d’ici 2030.

Mais alors, où se trouvent les sources de croissance des énergies renouvelables prévue dans la loi ?

Force est de constater que la loi de transition énergétique aboutit à une équation impossible. Elle est fortement marquée par une volonté politique de réduire rapidement la part du nucléaire. Mais elle prétend dans le même temps baisser fortement les énergies fossiles. Elle aboutit logiquement à une augmentation à marche forcée des énergies renouvelables totalement déconnectée des réalités et du temps.

La réalité sera sans doute assez différente : le parc éolien et photovoltaïque augmentera, mais dans des proportions beaucoup plus modestes. Le parc nucléaire se réduira au rythme de sa vétusté, mais sa part dans la production électrique restera prépondérante encore longtemps. Les biocarburants de nouvelle génération, et d’autres sources probablement, passeront progressivement à un stade de production massive, mais pas avant plusieurs décennies. Et la consommation d’énergie se réduira, c’est sans doute le seul objectif réaliste de la loi.

Dans un tel scénario, la consommation d’énergie fossile baissera d’environ 25% en 2030. Ce sera sans doute suffisant pour que la France respecte son engagement de réduction des émissions de gaz à effet de serre, matière où elle est déjà dans les premiers de la classe.

Pierre ESCAICH (03)