Une certaine idée de l’Homme

« Une obligation morale s’impose aux privilégiés : ne pas refuser le partage avec ceux qui n’ont rien. […] Le partage, dont il est ici question, ne se contente pas d’aumônes, mais appelle une juste  répartition des richesses sur la planète. »

Sœur Emmanuelle, Richesse de la pauvreté

Il y a quelques jours, le Président de la région Auvergne-Rhône-Alpes s’est déclaré opposé à l’accueil de 1784 migrants prévus par le plan de démantèlement de la jungle de Calais annoncé par le Gouvernement, expliquant que cette décision allait créer des « mini-calais » sur l’ensemble du territoire. Il a ensuite fait part de la disponibilité de la région pour aider les maires des communes potentiellement concernés à lutter contre l’installation de ces migrants. Mieux encore, il est même allé jusqu’à prétendre que Sœur Emmanuelle lui aurait conseillé de ne pas accueillir de migrants si elle avait été vivante.

1784 personnes, qui représentent 0,02% de la population totale de cette région. 1784 hommes, femmes et enfants, dont l’immense majorité, faut-il le rappeler, fuit un pays ravagé par la guerre et le terrorisme depuis plus de cinq ans.

En 2015, notre région a accueilli 1369 personnes, dont 200 à Varennes-sur-Allier. L’Auvergne est-elle depuis devenue une jungle ? Il y a, en politique comme dans la vie, des limites au cynisme, et elles ont été largement franchies.

L’Allemagne a accueilli dans le même temps sur son territoire plus de 800 000 réfugiés. Cela n’a certes pas été sans conséquences sociales et politiques. Mais c’est bien à ce genre de choix que l’on mesure la vitalité et la confiance qu’un pays peut avoir en lui-même et en son avenir.

La responsabilité du politique c’est de reconnaître qu’il n’existe pas de solution miracle à la guerre en Syrie. La responsabilité du politique, c’est de trouver des solutions concrètes plutôt que de jouer sur les peurs. Que propose Laurent Wauquiez en guise d’alternative ? Rien.

Quelques voix, comme celles de Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne, se sont élevées pour dénoncer ces prises de position et il faut les en remercier. Car c’est l’honneur de la Droite que de marquer son refus du chemin dans lequel Laurent Wauquiez voudrait entraîner les français. Car c’est l’honneur de la France que d’accueillir les femmes et les hommes qui fuient une guerre qui a fait plus de 350 000 morts.

Oui, il faut donc accueillir ces hommes et ces femmes dans la dignité. C’est un devoir moral qui s’impose à nous et que nous ne pouvons évacuer d’un revers de main. Cela doit être fait dans la concertation, le respect et le dialogue avec les populations, mais cela doit être fait.

Au nom de quoi ?

Au nom des « valeurs », chrétiennes ou pas, d’ouverture à l’autre, de tolérance, de solidarité qui animent encore nombre d’entre nous et qui méritent plus que jamais être défendues. Au nom du bel idéal de fraternité qui forme encore le ciment de notre République. Au nom d’une France que nous savons généreuse et que nous espérons encore courageuse.

Il s’agit d’un combat, qui depuis la Renaissance jusqu’à ce jour définit le projet collectif que nous portons dans ce pays. Ce combat, pour la dignité des hommes, pour leur liberté et pour leur émancipation, il nous revient plus que jamais de le mener.

Il est temps.

Romain Bernardon