Au Centre du Dialogue

  1. Cet été à la mi-août, alors que je pensais conduire un liste du Mouvement Démocrate aux municipales, j’ai souhaité écrire un livre sur la citoyenneté et plus particulièrement, sur la démocratie participative et l’échelon municipal me semblait alors, le bon niveau pour l’aborder, les élections approchaient. Ce livre devait être un livre programme pour mener cette campagne et diverses problématiques liées à la vie de la cité allaient être abordées, d’autant plus que je venais d’être désigné par le MoDem, chef de file pour le Puy en Velay. Les alliances locales qui ont suivi et les choix de campagne ne s’inscrivaient plus dans la démarche que j’avais engagée, de fait les axes de campagne que je souhaitais développer, n’étaient plus d’actualité en termes de méthode. Début janvier, alors que la campagne était bien avancée, j’ai repris la plume pour analyser un certain nombre de thématiques que j’avais identifiées au plan local et j’ai souhaité, les aborder plus largement, au niveau national alors que de nombreuses questions se posaient, notamment sur la poursuite des mouvements sociaux et la crise qui enflait sur la réforme des retraites. La perte de confiance du Président de la République m’a interrogé fortement d’autant plus que nous vivions une période sociale très particulière qui ne pouvait être le résultat de deux années de présidence. Toutes les conséquences ayant des causes, j’ai souhaité remonter l’histoire politique de ces quarante dernières années en qualité de témoin et identifier ces causes qui nous conduisaient aujourd’hui à autant de défiance envers les politiques, à ce manque de confiance.
  • Le plan détaillé de ce livre était prêt et je me suis enfermé deux semaines pour le rédiger, j’avais été témoin, militant et acteur des politiques mises en oeuvre depuis les années 80. Mon objectif était de mettre en miroir la situation actuelle avec les décisions prise au cours de ces quatre décennies, les conséquences avaient effectivement des causes. Mon objectif était une publication au lendemain des élections municipales, pour relancer un débat au centre du dialogue, convaincu que les réponses devaient être apportées collectivement pour susciter l’adhésion de notre communauté d’où le sous-titre: « de la démagogie à la démocratie ou comment rétablir un dialogue positif et constructif ».
  • J’ai abordé diverses problématiques de notre société, posé des questions car les solutions nécessitent un changement de nos modes de vies. Pour ma part, je suis convaincu que le changement doit venir du terrain et l’échelon municipal a toujours été pour moi, le bon niveau, celui des citoyens qui forment une communauté de vie qui président à de multiples choix. Nous sommes tous, individuellement par nos choix, les acteurs principaux de l’évolution de notre société. Par ces choix d’activité, de consommation et de mobilité, nous sommes en mesure de réorienter les politiques économiques d’autant plus que nous sommes tous des consommateurs et de notre façon de vivre dépendent les divers secteurs d’activité de notre pays. L’Etat grand régulateur se doit alors, en fonction des évolutions des comportements, modifier les divers équilibres économiques pour s’adapter à la construction d’une société où l’homme doit être au centre de tous les projets et décisions. Bien entendu, l’ensemble des thèmes abordés dans « Au centre du dialogue » s’inscrivent dans une double réflexion: la justice sociale et la transition écologique.
  • La justice sociale est effectivement très présente dans ce livre et le chapitre consacré à l’Education nationale, aborde largement les inégalités générées par le système qui pourtant sont identifiées depuis des décennies. J’aimerais dire plus, car notre système éducatif est l’héritage du 19éme siècle et qu’il n’est plus adapté aujourd’hui, du moins si l’on aspire à une démocratie moderne. Je précise bien « si » car nous devons bien reconnaître qu’il favorise la promotion d’une élite, comme l’avait souhaité Napoléon à son époque. Mais les époques et l’évolution de notre pays sont aujourd’hui bien éloignées de la nécessité de promouvoir une élite restreinte pour gouverner et gérer les diverses activités de notre société. La promotion sociale basée sur le diplôme a ses limites et ne prend pas en compte les diverses intelligences et surtout les compétences. C’est donc l’intégralité de notre système éducatif qui est à repenser si nous voulons plus de justice sociale, mais les freins sont nombreux et une question se pose: qui est prêt à réformer un système qui l’a promu, lui a permis d’accéder à des responsabilité et intégrer cette élite dont la plupart de ses membres sont issus des mêmes milieux. Cette question est bien celle de la démocratie car notre République repose sur un socle: l’Ecole. Changeons l’Ecole et nous changerons notre République et pourrons évoluer vers une démocratie moderne où tous les talents trouveront leur place.
  • Ensuite, la transition écologique est le sujet transversal car il touche tous les domaines de notre société. Elle est avant tout politique, économique, sociale et enfin environnementale. A quoi nous servirait-il de vivre dans un environnement protégé si nous ne sommes pas heureux. Dans tous les choix, l’homme doit être au centre des décisions prises et surtout que ces dernières soient comprises et suscitent l’adhésion. Il est hors de question de s’éclairer à la bougie et de ne se déplacer qu’à pied ou à vélo. Non. Nous devons nous appuyer sur les évolutions technologiques et la recherche qui sont en mesure de conforter notre quotidien, tout en protégeant activement et efficacement notre planète. Là encore ce sont des choix. Etre Eco-Citoyen c’est avant tout être citoyen et se préoccuper des autres, de notre environnement, tout en s’inscrivant dans de nouvelles solidarités. Privilégier les achats de proximité, limiter nos déplacements, travailler autrement sont autant d’actes citoyens qui contribuent à préserver notre planète et notre avenir. Nous sommes maîtres de nos choix et de cet avenir. Par notre action quotidienne, nous sommes en mesure de changer les grands équilibres économiques qui aujourd’hui régissent le monde, nous sommes individuellement plus importants que nous le pensons.
  • Ce livre est édité par un jeune éditeur de Brioude, Louis Mialot qui a créé les éditions AKKI. J’ai choisi mon éditeur et ce dernier m’a choisi, nous sommes vraiment en phase dans cette aventure éditoriale. J’avais reçu deux propositions d’éditeurs parisiens et me préparais à répondre à l’une d’entre elle, suite à un échange avec son directeur des publications. Un article a présenté les éditions AKKI dans la presse régionale, l’aventure de ce jeune homme m’a séduit, je lui ai envoyé un mail, il m’a répondu. Je lui ai envoyé « Au centre du dialogue » et après l’avoir lu et m’avoir posé certaines questions, il a souhaité l’éditer à compte d’éditeur, il a pris tous les risques et je souhaite le remercier sincèrement pour sa confiance. Le livre est édité, il est actuellement confiné depuis le 24 mars dans des cartons à Brioude. Encore quelques jours et il pourra voir la lumière, de même que l’homme politique que je suis aujourd’hui. Le dernier chapitre porte sur mon évolution politique depuis quarante ans, expose mes choix et la maturation de ma pensée qui me porte aujourd’hui au « centre du dialogue ».

Jean William SEMERARO

La chute des cours du Pétrole

FRANCE CULTURE

Le Billet Economique de Anne-Laure JUMET

Face à la crise économique liée au Covid-19, les cours du brut dévissent. Une situation amplifiée par une crise entre deux principaux pays producteurs, l’Arabie Saoudite et la Russie. Avec des conséquences dramatiques pour les pays émergents.

Les mesures de confinement prises dans plus de 80 pays pèsent sur l’activité économique, et notamment sur les activités très gourmandes en carburant. Conséquence, les prix du pétrole chutent. Une situation amplifiée par une crise entre pays producteurs. Décryptage.  

Baisse des prix à la pompe 

Nous ne sommes plus très nombreux à prendre la route, confinement oblige. Pourtant si nous devions nous rendre dans une station-service, nous pourrions observer la baisse des prix à la pompe. Cette baisse n’est pas équivalente à la chute des cours du brut de ces dernières semaines, puisque les taxes représentent 60 % des prix du carburant. Mais l’effet reste significatif : 25 centimes d’euros de moins sur l’essence et le gazole par rapport au mois de janvier ! Il faut dire que le brent a touché ce lundi son plus bas niveau depuis 18 ans, autour de 22 dollars. Depuis, il est un peu remonté à 24 dollars. Mais on est très loin des niveaux du début d’année.  

Pour mesurer l’ampleur de la baisse, rappelons qu’en janvier, ce même brent produit en mer du Nord, affichait 67- 68 dollars le baril. Evidemment la crise économique liée au Covid-19 explique cette chute vertigineuse. La demande en or noir chute, près de la moitié de la population mondiale est confinée, ce qui réduit les déplacements. Les secteurs du transport aérien, de l’automobile très gourmands en carburant, sont quasiment à l’arrêt. 

Crise entre l’Arabie Saoudite et la Russie 

A cela s’est ajoutée une crise entre deux des principaux producteurs mondiaux de pétrole. Nous sommes le vendredi 6 mars à Vienne. L’Arabie Saoudite propose à ses partenaires de l’OPEP et aux pays associés dont la Russie, un accord pour baisser la production de pétrole, afin de stopper la chute des cours. Mais Moscou joue le bras de fer et refuse la proposition, pour ne pas perdre de parts de marché. Dans la foulée, le baril perd 10 %, autour de 45 dollars.

Et ce n’est pas fini, quelques jours plus tard, l’Arabie Saoudite lance la riposte, et prend le contre-pied complet de la proposition faite quelque jours plus tôt, en décidant d’augmenter, seule, sa production et de baisser ses prix pour inonder le marché avec des produits bon marché. Au passage Riyad met fin à trois ans de politique concertée de baisse de la production. Ce même jour, le prix du baril s’effondre un peu plus et on passe à 35 dollars ! Depuis les cours ont continué à dévisser et les grands pays producteurs commencent à tirer la sonnette d’alarme !

Trump assure qu’un accord est à portée de mains 

En début de semaine, Donald Trump a pris son téléphone pour discuter du sujet avec son homologue russe. Le président américain avait aussi appelé, quelques jours plus tôt, le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, pour lui faire part de sa préoccupation.

Et ce jeudi, coup de théâtre, il affirme, sur Twitter, que la Russie et l’Arabie Saoudite vont s’entendre pour réduire leur production de pétrole d’au moins dix millions de barils par jour, et peut-être même de 15 millions. 

Une telle baisse serait sans précédent. Des déclarations qui ont déclenché une envolée ce jeudi des prix du pétrole mais qui demandent à être confirmées par Riyad et Moscou.

Donald Trump surveille la situation comme le lait sur le feu, lui qui défendait pourtant,  il y a  encore peu un prix du pétrole bas, pour un consommateur américain très attaché à sa voiture.  Mais, à une vingtaine de dollars le baril, la donne n’est plus du tout là même : c’est toute l’industrie du pétrole de schiste et ses milliers de travailleurs qui en pâtissent, notamment au Texas.  « Je n’aurais jamais pensé dire qu’il nous faut une augmentation des prix du pétrole, et pourtant c’est bien le cas » a ainsi reconnu récemment le président américain sur la chaîne de télé Fox News. 

Quant à la Russie, elle est peut-être en train de regretter son « Niet ». Elle n’avait sans doute pas anticipé la réaction saoudienne. Le régime wahhabite a, pour sa part, encore un peu de marge, car ses coûts de production sont très bas . Mais Riyad ne peux jouer très longtemps ce bras de fer, son économie étant très dépendante du pétrole, malgré une stratégie de diversification. Reste donc à savoir si un accord est désormais à portée de mains. 

Des pays en grande difficulté

Un accord auquel sont aussi suspendus des dizaines de pays producteurs, pour qui la situation est encore plus critique. C’est le cas notamment de l’Algérie, dont les exportations sont composées à 95 % de pétrole et de gaz (les prix du gaz sont corrélés à ceux du brut). La Libye, qui exporte déjà peu de pétrole du fait de la guerre, est aussi très impactée. Tout comme l’Iran, qui fait déjà face aux conséquences des sanctions américaines. L’Irak a elle a vu ses recettes pétrolières divisées par deux au mois de mars. 

De très nombreux pays d’Afrique sub-saharienne sont aussi dans une situation très difficile, du fait de cette chute des cours. Le Tchad, l’Angola, le Nigéria, le Gabon … dont les économies sont très dépendantes du pétrole et du gaz et qui vont donc au devant de grandes difficultés … En Amérique du Sud, le Vénézuela ou encore l’Equateur sont aussi fortement touchés .

Récemment, d’ailleurs, les dirigeants du G20 ont promis de travailler avec le Fonds monétaire international pour déployer un plan de soutien financier « solide » en direction des pays  en développement. Certains économistes réclament des annulations de dette. Mais on peut aussi souhaiter, pour ces pays, un accord au niveau de l’OPEP  et de la Russie. Même si cela veut dire, pour nous Français, à l’autre bout de la chaîne, une hausse des prix de l’essence. 

Nationalisation de LUXFER

Propos recueillis par Franck Dedieu

Publié le 21/04/202 dans Marianne

Signataire de notre appel pour la nationalisation de l’usine Luxfer à Gerzat en Auvergne, le président du groupe Gauche démocrate et républicaine à l’Assemblée nationale, élu du Puy-de-Dôme, vient de demander la réquisition du site au Premier ministre, Edouard Philippe. Voici pourquoi.

C’était il y a presqu’un an : en mai 2019, le groupe britannique Luxfer, avait fermé le site de Gerzat dans le Puy de Dôme, et licencié ses 136 salariés. Cette fermeture avait signé la fin des bouteilles d’oxygène à usage médical utilisées par les hôpitaux et les sapeurs-pompiers produites par l’usine. Mais en pleine crise du coronavirus, devant l’impérieux besoin pour le pays de relancer sa production, les salariés se disent toutefois prêts à revenir dans les ateliers pour remettre les machines en route. Et, faute d’accord avec l’actionnaire britannique, ils demandent la nationalisation de leur outil de production. Nous soutenons une telle démarche, notamment à travers une pétition disponible ici. Signataire de notre appel pour la nationalisation de l’usine Luxfer à Gerzat en Auvergne, le président du groupe Gauche démocrate et républicaine à l’Assemblée nationale, élu du Puy-de-Dôme, vient de demander la réquisition du site au Premier ministre, Edouard Philippe. Voici pourquoi.

Marianne : Pourquoi demander directement à Edouard Philippe la réquisition du site par l’Etat après en avoir demandé la nationalisation ?

André Chassaigne : Cette usine est la seule dans l’Union européenne à fabriquer des bouteilles de gaz à haute pression indispensable à l’oxygénation des malades. Elles sont utilisées en ambulances, dans les hôpitaux de campagne et même par les pompiers. Ces bouteilles sont rechargeables mais elles ne doivent pas dépasser une durée de vie. Or, les syndicats gaziers viennent d’obtenir du gouvernement la possibilité de dépasser la date limite. Ces bouteilles peuvent porter en elles des copeaux métalliques ou des fissures de nature à faire courir un risque sanitaire. Au-delà de cette dérogation, un autre problème de souveraineté se profile : il y a un risque de pénurie en bouteilles d’oxygène. Le stock était évalué à 20.000 unités en début de crise. Or, la fermeture de cette usine contraint la France à en importer. Rien ne dit que – à l’instar des masques – les pays producteurs ne réserveront pas à leurs concitoyens l’usage de ces bouteilles vitales.

Mais, le gouvernement peut-il d’autorité réquisitionner un site propriété d’un groupe britannique ?

A.C : Oui. Il vient même de se le permettre avec sa loi d’urgence du 23 mars 2020. L’article 2 confie aux Pouvoirs publics le droit « d’ordonner la réquisition de tous biens et services nécessaires à la lutte contre la catastrophe sanitaire ». Dans un deuxième temps, viendra la question de la nationalisation du site. Il peut y avoir d’autres pistes avec un repreneur mais aussi avec les salariés à travers la mise en place d’une Scop. Quant au véto de Bruxelles, l’expérience montre que la volonté politique peut dépasser le règlement européen. La capacité à faire face au Covid-19 l’emporte sur des considérations de droit et l’Etat doit se doter des moyens d’y faire face. L’argument européen sert souvent à justifier soit l’inaction, soit la marche en avant vers la privatisation de tous les pans de l’économie.

Dans notre appel, votre signature voisine avec celles de l’ancien Ministre socialiste Arnaud Montebourg, de l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy Henri Guaino et du centriste Jean-Luc Borloo. C’est l’Union sacrée ?

A.C : Sans oublier Fabien Roussel, secrétaire national du Parti Communiste. Nous sommes à un croisement politique, à un carrefour où peuvent se rencontrer et s’unir des républicains authentiques capables de faire front autour de l’indépendance économique et de la souveraineté nationale. Et dans ce cadre, par-delà les étiquettes, il faut pouvoir se rassembler pour que des productions névralgiques comme le site de Luxfer soient sous maîtrise publique.

Ces villages qu’on assassine

STEPHANIE JANICOT – NOTRE TEMPS· MAI 2020

NOTRE TEMPS Comment vous êtes-vous rencontrés?

PIERRE BONTE En lisant une tribune publiée dans Le Monde, signée par Céline, 28 ans, qui se désolait de traverser des villages dévitalisés. Je me suis dit que je n’étais peut-être pas un vieux con puisque quelqu’un de jeune pensait comme moi! Je l’ai contactée.

CELINE BLAMPAIN J’étais très en colère, je venais de faire un reportage dans l’Yonne sur la fusion de 16 communes. Dans les campagnes, les villages se sont peu à peu vidés de leurs gendarmeries, de leurs casernes de pompiers, de leurs maternités, de leurs commerces. Parfois il ne reste que les mairies. Lorsque les villages sont fusionnés, ce dernier bastion de proximité tombe et la population est encore plus fragilisée. Je me heurtais à un mur, je ne cessais d’entendre que le maillage de la France était obsolète. Or je crois que c’est la diversité de nos villages qui font notre art de vivre français, comme pour les fromages!

D’où vous vient votre amour si profond pour les villages de France?

CELINE BLAMPAIN Je suis de Cousolre, un petit village frontalier avec la Belgique. Ma famille y est installée depuis cinq générations. Mon nom Blampain est inscrit sur le monument aux morts. L’église bleue est magnifique.

PIERRE BONTE Je viens de Pérenchies, une cité ouvrière de la banlieue de Lille, je suis fier d’être associé à  ses grands événements, d’avoir une salle qui porte mon nom dans le centre culturel. Tout le monde éprouve un sentiment filial envers sa commune. Elle est le tout premier échelon d’appartenance de chaque Français.

Parler d’«assassinat» en titre, n’est-ce pas trop fort?

A qui profite le crime?

PIERRE BONTE C’est violent, mais ce n’est pas trop fort, car c’est un crime organisé. Ce «on« qui assassine, c’est la technocrature, ces hauts fonctionnaires qui établissent des normes à l’échelon national inadaptées au niveau local. L’élite qui nous dirige semble croire que cela va profiter à l’économie mais l’expérience sur le terrain montre que c’est une erreur de jugement.

CÉLINE BLAMPAIN La politique territoriale française est héritée de l’ histoire jacobine, c’est-à-dire de la centralisation. Les préfets, représentants de l’État, ont des pouvoirs considérables. Les petits maires sont, pour le pouvoir central, des empêcheurs de tourner en rond. En les affaiblissant, en leur substituant des fonctionnaires dociles, l’État assied son pouvoir. C’est un vrai danger pour la démocratie participative.

• Pourquoi une grande commune coûte-t-elle plus cher que deux petites?

PIERRE BONTE Lorsqu’on fusionne deux petites communes, non seulement le personnel n’est pas licencié mais un poste est créé pour fédérer les deux équipes. Les petits maires reçoivent des indemnités très faibles (autour de 600 €) et ils savent gérer leur budget à l’économie en faisant appel au bénévolat. Les gens sont prêts à aider leur village, leurs voisins, leur maire. À l’échelle du dessus, une distance s’est créée et il va falloir de nouveaux fonctionnaires pour accomplir le travail des bénévoles, sans compter le salaire du maire qui augmente.

CÉLINE BLAMPAIN Le rapport Attali préconisait la suppression de 30000 communes sur les 36 000 que compte la France. Pour l’instant, seulement un millier ont disparu. Mais la crainte des maires est qu’on les contraigne à des mariages forcés. À la base, nous ne sommes pas contre les communautés de communes lorsqu’elles sont utiles pour travailler ensemble mais ces structures sont utilisées pour transférer le pouvoir des maires à des instances plus lointaines.

• En quoi la commune rurale peut-elle être source de modernité? Comment attirer de nouvelles populations à la campagne?

CÉLINE BLAMPAIN Chaque année, 100000 personnes, souvent jeunes, quittent les villes pour s’installer à la cam­pagne. Ces néoruraux apportent avec eux leur culture du numérique qui abolit les distances et favorise le télétravail. L’envie de proximité avec la nature, de « sobriété heureuse» grandit. Les municipalités ont su proposer des alternatives en se substituant momentanément à des services défaillants. Par exemple, en municipalisant le bistrot, l’épicerie, la ferme communale …

PIERRE BONTE Ce sont des solutions de secours transitoires. Ces services sont destinés à revenir tôt ou tard dans le domaine privé, mais ce sont des gestes d’espoir forts, des actes de résistance.

• Mais les services publics de proximité régressent …

CÉLINE BLAMPAIN La population française augmente. On a besoin de médecins, de gendarmes, d’écoles, de pompiers … Il nous faut donc plus de services publics. Les concentrer dans des pôles éloignés des populations rurales est une question de choix politique. À quelle échelle les gens peuvent-ils s’impliquer dans la vie publique? La commune a fait ses preuves. Les élections municipales sont celles où les gens votent le plus.

• N’idéalisez-vous pas la solidarité entre habitants d’un même village?

PIERRE BONTE Il est vrai que plus on est proche, plus les risques de conflits sont grands …

CÉLINE BLAMPAIN Le conflit fait partie de la vie. L’important est de le surmonter. Dans les campagnes, aux municipales, les listes sont constituées de personnes d’obédiences politiques différentes. Ça permet de se parler. La municipalité est un lieu d’échanges. La campagne montre l’exemple: nous sommes capables de surmonter nos différences. La preuve, Pierre et moi ne sommes pas du même bord politique.

• C’est-à-dire?

PIERRE BONTE Schématiquement, je serais plutôt à droite et Céline plutôt à gauche. La commune se prête bien à l’exercice du vivre-ensemble. Elle nous montre qu’elle génère du bonheur. Plus la société se mondialise, et plus nous avons besoin de proximité.

• Comment voyez-vous l’avenir des campagnes françaises?

PIERRE BONTE Moi, je ne serai plus là pour le voir. Je crois que ce livre est un peu le testament de toutes les convictions que j’ai pu acquérir dans ce métier. J’y crois très profondément, même si nous sommes à contre-courant de l’opinion générale.

CÉLINE BLAMPAIN Je suis très optimiste. C’est une conscience qui se réveille, un mouvement qui se met en marche. La jeunesse a envie de vivre ça.Les communes rurales ont beaucoup à offrir aux nouvelles populations •

NOTRE TEMPS MAI 2020