LE BAC EN EXAMEN

« De cet énorme bouleversement doit sortir un monde nouveau ».
J’emprunte ces propos à François Bayrou dans sa récente interview et je souhaite aujourd’hui, les faire miens.

Quand j’ai écrit « Au centre du dialogue », en pleine campagne des municipales, je souhaitais me projeter sur l’après élections. En effet, l’axe majeur des projets des candidats reposait sur la transition écologique qui de mon avis, ne peut se faire sans une transition économique et politique, dit de façon plus directe, il nous fallait changer de monde.

J’ai abordé dans cet ouvrage paru le 24 mars, mais confiné depuis dans des cartons chez l’éditeur, diverses problématiques de notre société, posé des questions car les solutions nécessitaient un changement de nos modes de vie. Cela me semblait compliqué d’apporter des réponses dans un cadre politique et économique mondial où nous étions tous interdépendants.
Aujourd’hui, les choses sont différentes avec plus du quart de la population mondiale confinée, avec des économies bouleversées et des organisations politiques dans les divers pays qui doivent faire face à une pandémie, jour après jour et éprouvent des difficultés à se projeter à moyen terme. L’ancien monde aurait donc cette fois, vécu.

L’heure n’est pas à la polémique et encore moins à chercher des responsabilités, l’heure est à la solidarité, mais aussi à la réflexion. Nous avons aujourd’hui l’occasion de repenser notre société dans un objectif de justice sociale avec de nouveaux équilibres économiques et politiques, nous devons en sortir vers un nouveau monde où l’humain sera principalement au centre de toutes décisions et projets d’avenir.

Un des sujets qui me tenait à coeur dans « Au centre du dialogue » est l’éducation, plus particulièrement le système éducatif. Tout au long de ma carrière, j’ai lutté au sein de ce sytème pour l’égalité des chances et la mixité sociale, mais tout cela dans un cadre contraint et en le respectant avec loyauté. Très attaché à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, j’ai toujours dénoncé la juste inégalité constitutionnelle qui dispose dans l’article VI de cette déclaration « Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ». Inégalité car nous savons tous très bien que c’est faux et que dans notre système, les origines sociales et culturelles sont de forts discriminants.

Alors aujourd’hui, je vais m’attaquer au baccalauréat puisque nous nous devons de réfléchir au nouveau monde.
Le ministre d l’éducation nationale doit nous communiquer sous peu, ses décisions concernant l’organisation de ce monument national dans le contexte particulier de la pandémie. Il me semble qu’il est temps de changer le modèle.
Tout d’abord, un rappel. Ce diplôme a été institué par un décret du 17 mars 1808 et sa première édition, sous forme d’épreuves uniquement à l’oral, s’est déroulé en 1809. Les premiers titulaires du bac n’étaient alors que 31. La première bachelière, Julie-Victoire Daubié, a décroché son diplôme en 1861, à 37 ans.

Aujourd’hui, ce sont des cohortes moyennes de 700.000 lycéens qui se présentent à cet examen et en dehors du stress qu’il procure chez les élèves, les parents et les enseignants, il a également un coût. Certains articles avancent un coût de 80 euros par candidat ce qui porterait cette organisation à près de 60 millions d’euros. D’autres articles avancent des coût cachés et la réalité serait vraisemblablement plus proche d’un milliard et demi d’euros. Où est la vérité ? Peu importe, nous sommes tous suffisamment conscients pour comprendre qu’une telle somme pourrait être réinvestie au sein du sytème éducatif, justement pour rétablir une réelle égalité des chances.

Mais au-delà du coût, interrogeons-nous sur la nécessité de cet examen. Est-il réellement utile ? Au regard du taux de réussite, nous pourrions avancer que pratiquement tous les élèves l’obtiennent. Quelle nécessité alors de le maintenir d’autant plus que Parcours Sup qui affecte les élèves dans le supérieur s’appuie sur les notes obtenues par les lycéens, en gros l’affectation se fait sur le contrôle continu et les futurs étudiants connaissent leur affectation post-bac avant d’avoir les résultats de l’examen.

Il est probablement temps, dans le nouveau monde que nous voulons dessiner, d’envisager la délivrance de ce diplôme, uniquement sur la base du contrôle continu qui me semble également plus positif en termes d’apprentissages, demandant de fait application et constance tout au long de la scolarité en lycée et mettant fin à ce bachotage ridicule et stressant.

De ce bouleversement doit sortir un nouveau monde et nous savons que le système éducatif est la pierre angulaire de notre République. Alors osons le changer, nous en avons l’opportunité d’autant plus que l’ensemble des évaluations internationales, nous ont démontré depuis les premières évaluations PISA en particulier que notre système n’était déjà plus adapté dans l’ancien monde. Ne reproduisons pas les mêmes erreurs, cette fois ce serait une faute.

Et pour conclure: « Impose ta chance, serre ton bonheur, va vers ton risque. A te regarder ils s’habitueront ». René Char
Mes cher-e-s ami-e-s, pourquoi ne pas déposer un projet de loi pour réformer d’ores et déjà la session 2021 de cet examen ?

Jean William SEMERARO

Auteur/autrice : JMPAURA

Modem Aura 43 Les adhérents ont des humeurs.

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